31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 15:50

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De l'eau ou peu s'en faut, à Mahâballipuram, dans l'Etat du Tamil Nadu, au lointain si proche, en Inde, jaillit le Shore Temple.


J'aime ce temple dans sa perfection nue.

 

À cinq heures, au soleil levant, tout alentour est ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

 

On dit que c'est un temple pour y venir prier. Bien. Les natures étant diverses dans l'univers, pour moi, c'est, avant tout, au-delà de tout, le temple-cachette-refuge des écureuils. Pas l'écureuil géant (Ratufa indica), non, l'écureuil lambda des jardins anglais, des forêts suisses, de Brooklyn et de Sapporo.

 

Si, d'aventure, il s'était trouvé dans les parages, le touriste du monde spectaculaire aurait-il glissé, dans son everlasting sac-à-dos, au moment du départ, Mahabalipuram tout le monde descend de Jacques Brosse (éditions Fayard, collection L'Expérience psychique, Paris, 1973) ? Rien de moins sûr...

 

En Inde, je connais un autre temple. Résolument retiré. Infiniment plus secret. En son centre, dans une réconfortante étrangeté, pousse un banian hors d'âge ruisselant de pluies régulières. C'est un temple d'ici et de toujours comme dans les nouvelles de Kipling.

 

Un temple pour les enfants et certaines grandes personnes - quelques-unes, guère plus, diagnostic à l'appui et vérifiable, qui sont en prise directe avec leur enfance. 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 14:30

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Pourquoi les lectures simultanées de Everyday Life Of The North American Indian de Jon Manchip White (Indian Head Books, New York, 1979), trouvé - sérendipité, quand tu nous tiens ! -, au fin fond de Mohab, bourgade de l'Utah, et de ces quelques mots de Martin Heidegger : "Quand, par les nuits d'hiver, les tourmentes de neige secouent la maisonnette et qu'au matin le paysage est recueilli sous la neige..." (in Questions III, L'Expérience de la pensée, Gallimard, Paris, 1966) me font aussitôt voyager en Russie auprès d'Ivan Chichkine, ce peintre subtil surnommé "le géant de la forêt russe" ?

 

Mystère et boule de gomme.

 

Ah !, les associations d'idées...

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 14:00

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Le plus connu, le haïku originel, celui de Matsuo Bashō, 1644-1694, dont le nom de plume signifie, rappelons-le, bananier en japonais, est celui, parmi tant d'autres, que j'aime, encore et toujours, lire, à fredonner, devant le bassin aux poissons rouges :

 

La vieille mare

Une grenouille y plonge

Ploc !

 

Version en langue anglaise et nuances :

 

The old pond

A frog jumps in

The sound of the water

 

 

Ah !, cette vieille mare ou ce vieil étang (étant ?), il n'y a pas que les grenouilles qui y plongent :

 

Dans la vieille mare

A coulé une sandale de paille

Tombe la neige fondue


 

(Buson, 1716-1783, "village rustique", c'est son "nom")


 

L'étang ou la mare ne sont jamais désolidarisés du réseau naturel :

 

La rivière et l'étang

Désormais ne font qu'un

Pluie de printemps

 

(Buson)


 

Humilité des choses et de l'approche, bien entendu, et c'est tout l'art du haïku, mais humilité apparente pour qui sait lire entre les lignes :

 

J'ai emprunté ma chaumière

Aux puces et aux moustiques

Et j'ai dormi

 

(Issa,1763-1828)


 

Dans la bibliothèque de l'atelier, mon atelier des quatre vents,  je relis la magnifique anthologie du haïku de Maurice Coyaud publiée dans le temps d'autrefois (Fourmis sans ombre, éditions Phébus, Paris, 1978) et tombe sur celui-ci qui dit à la perfection mon état d'esprit présent :

 

Ils ne pipaient mot

Ni l'invité ni l'hôte

Ni les chrysanthèmes blancs

 

(Ryôta, 1718-1787)

 

 

It is good as it is.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 14:50

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Voici qui est pour le moins étonnant et, le sens des perspectives en tête, plutôt amusant : en cette saison planétaire d'inculture globalisée et d'aplatissement existentiel généralisé, tout le monde a des idées sur tout et le contraire de tout.

 

Qu'un individu, au cours d'une vie humaine, trouve, aujourd'hui, une, voire deux vraies idées, et l'espace pour les développer est déjà, en soi, remarquable...

 

Contemplatif, pensant à Henry David Thoreau, ce compagnon d'esprit en fidèle fréquentation, au bord de l'étang clair-obscur, je goûte les beautés savoureuses du grand réel et me mets tranquillement au travail.

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