8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 09:15

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Depuis près d'une vingtaine d'années, il n'est plus un espace public sur cette terre sans musique ou zizique : rues, marchés, gares, aéroports, métros, accueils téléphoniques, j'en passe...

 

La situation est connue, elle empire, et me donne le plaisir matinal de jouer à Monsieur Grognatout !

 

Pourtant, il arrive qu'un air entendu ici ou là qui s'obstine à trotter dans la tête pendant une journée entière vous...transporte.

 

Ainsi à New York l'autre jour, September (Earth, Wind & Fire, 1978) au refrain spiralé que je reconnais aussitôt et dont je ne peux me déprendre...

 

Pourquoi lutter ? Et c'est taoïstement assis sur un banc du côté de Union Square que je laisse les souvenirs s'accorder.

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 19:30

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Ma main m'est aussi intime que mon oreille, mon œil et mon nez.

 

Mon oreille entend la note juste et celle qui ne l'est pas.

 

Mon œil voit beaucoup, se souvient de tout : il reconnaît les moindres chemins de ma vie - instantanément.

 

Mon flair, sans jouer le jeu de la fausse modestie, est remarquable à débusquer, de près, de loin,  les faux-semblants.

 

Quand je trace des signes, dans la nuit profonde ou en pleine clarté, ma main est aussitôt déliée : une main athlétique.

 

Elle en a serré des mains, la mienne. Et, si affinités électives, il lui arrive de dire, sans insister, que, par écrivains interposés, elle a serré, exemple entre cent, celle de James Joyce.

 

Ma main a une chance céleste.

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 13:15

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Fan. Je suis, je le confesse, un amateur indéfectible de westerns.

 

Une vraie, bonne confession dans les formes s'impose de temps à autre, non ?

 

Le western movie, c'est le monde shakespearien - le monde simplement humain - permanent comme le cinéma du même nom, une scénographie incarnée par des caractères, des tempéraments, des natures, pleine de bruit et de fureur, pendant une heure et demie, au dénouement, en général, à la félicité parfaite.

 

J'aime les Indiens, eux d'abord, leurs couleurs et leur honneur, les paysages de l'Ouest américain ensuite, les cow-boys enfin et leurs inlassables jeux de lassos.

 

Voir et revoir The Big Sky (Howard  Winchester Hawks, 1952 - le titre anglais est d'une splendeur évocatrice alors que  le titre français, La Captive aux yeux clairs, beau titre, certes, affadit cependant le propos),  Rio Bravo (toujours Hawks, 1959), Gun Fight at the O.K. Corral (John Sturges, 1957), Winchester '73 et The Far Country - Je suis un aventurier (Anthony Mann, 1950 et 1954), Colorado Territory - La Fille du désert (Raoul Walsh, 1949) ou encore Jeremiah Johnson (Sydney Pollack, 1972)

 

 

Mais, pour moi, le scénario par excellence, mon préféré, est celui où l'on assiste à l'arrivée d'un cavalier sans identité, car il a connu toutes les identités - la figure du  "Man-With-No-Name" interprétée, entre autres acteurs, par un Clint Eastwood impavide -, venu de nulle part, qui traverse a little town pour régler un compte, une affaire, une dette, un litige et faire triompher le droit tout en créant les conditions d'un nouvel ordre potentiel avant de retourner vers un ailleurs indifférencié : un homme, un lieu et une action.

 

Clap de fin.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 11:00

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In & out, je relis les lettres de Van Gogh à son frère Théo (éditions Grasset, Paris, 1972).

 

La première de ces lettres date d'août 1872. Nous sommes juste après l'irruption de la Commune et Van Gogh qui signera souvent de son seul prénom Vincent - où l'on peut entendre, qui sait ?, le sang ardent et les ivresses nécessaires que procure le pinard -, ne sait pas encore qu'il va devenir un grand peintre, comme dit le bœuf social.

 

L'homme à la pipe et à l'oreille cassée sera cette comète (une existence d'à peine quarante années, et je pense à Arthur R.) qui bouleversera durablement la trajectoire mémorielle de la peinture ainsi que la façon qu'aura l'œuvre picturale de capter l'œil.

 

Tenez, vous ne savez pas quoi faire ?, je vous propose d'alterner, presto, la lecture de ces lettres avec la lecture du puissant texte d'Antonin Artaud, Van Gogh ou le suicidé de la société (éditions Gallimard, dans l'agréable collection Quarto, Paris, 2004) : vous m'en direz des nouvelles...

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 15:50

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De l'eau ou peu s'en faut, à Mahâballipuram, dans l'Etat du Tamil Nadu, au lointain si proche, en Inde, jaillit le Shore Temple.


J'aime ce temple dans sa perfection nue.

 

À cinq heures, au soleil levant, tout alentour est ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

 

On dit que c'est un temple pour y venir prier. Bien. Les natures étant diverses dans l'univers, pour moi, c'est, avant tout, au-delà de tout, le temple-cachette-refuge des écureuils. Pas l'écureuil géant (Ratufa indica), non, l'écureuil lambda des jardins anglais, des forêts suisses, de Brooklyn et de Sapporo.

 

Si, d'aventure, il s'était trouvé dans les parages, le touriste du monde spectaculaire aurait-il glissé, dans son everlasting sac-à-dos, au moment du départ, Mahabalipuram tout le monde descend de Jacques Brosse (éditions Fayard, collection L'Expérience psychique, Paris, 1973) ? Rien de moins sûr...

 

En Inde, je connais un autre temple. Résolument retiré. Infiniment plus secret. En son centre, dans une réconfortante étrangeté, pousse un banian hors d'âge ruisselant de pluies régulières. C'est un temple d'ici et de toujours comme dans les nouvelles de Kipling.

 

Un temple pour les enfants et certaines grandes personnes - quelques-unes, guère plus, diagnostic à l'appui et vérifiable, qui sont en prise directe avec leur enfance. 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 14:30

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Pourquoi les lectures simultanées de Everyday Life Of The North American Indian de Jon Manchip White (Indian Head Books, New York, 1979), trouvé - sérendipité, quand tu nous tiens ! -, au fin fond de Mohab, bourgade de l'Utah, et de ces quelques mots de Martin Heidegger : "Quand, par les nuits d'hiver, les tourmentes de neige secouent la maisonnette et qu'au matin le paysage est recueilli sous la neige..." (in Questions III, L'Expérience de la pensée, Gallimard, Paris, 1966) me font aussitôt voyager en Russie auprès d'Ivan Chichkine, ce peintre subtil surnommé "le géant de la forêt russe" ?

 

Mystère et boule de gomme.

 

Ah !, les associations d'idées...

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 14:00

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Le plus connu, le haïku originel, celui de Matsuo Bashō, 1644-1694, dont le nom de plume signifie, rappelons-le, bananier en japonais, est celui, parmi tant d'autres, que j'aime, encore et toujours, lire, à fredonner, devant le bassin aux poissons rouges :

 

La vieille mare

Une grenouille y plonge

Ploc !

 

Version en langue anglaise et nuances :

 

The old pond

A frog jumps in

The sound of the water

 

 

Ah !, cette vieille mare ou ce vieil étang (étant ?), il n'y a pas que les grenouilles qui y plongent :

 

Dans la vieille mare

A coulé une sandale de paille

Tombe la neige fondue


 

(Buson, 1716-1783, "village rustique", c'est son "nom")


 

L'étang ou la mare ne sont jamais désolidarisés du réseau naturel :

 

La rivière et l'étang

Désormais ne font qu'un

Pluie de printemps

 

(Buson)


 

Humilité des choses et de l'approche, bien entendu, et c'est tout l'art du haïku, mais humilité apparente pour qui sait lire entre les lignes :

 

J'ai emprunté ma chaumière

Aux puces et aux moustiques

Et j'ai dormi

 

(Issa,1763-1828)


 

Dans la bibliothèque de l'atelier, mon atelier des quatre vents,  je relis la magnifique anthologie du haïku de Maurice Coyaud publiée dans le temps d'autrefois (Fourmis sans ombre, éditions Phébus, Paris, 1978) et tombe sur celui-ci qui dit à la perfection mon état d'esprit présent :

 

Ils ne pipaient mot

Ni l'invité ni l'hôte

Ni les chrysanthèmes blancs

 

(Ryôta, 1718-1787)

 

 

It is good as it is.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 14:50

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Voici qui est pour le moins étonnant et, le sens des perspectives en tête, plutôt amusant : en cette saison planétaire d'inculture globalisée et d'aplatissement existentiel généralisé, tout le monde a des idées sur tout et le contraire de tout.

 

Qu'un individu, au cours d'une vie humaine, trouve, aujourd'hui, une, voire deux vraies idées, et l'espace pour les développer est déjà, en soi, remarquable...

 

Contemplatif, pensant à Henry David Thoreau, ce compagnon d'esprit en fidèle fréquentation, au bord de l'étang clair-obscur, je goûte les beautés savoureuses du grand réel et me mets tranquillement au travail.

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