9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 06:00

File:Gracian-portrait.jpg

 

 

L'envers du décor...

 

 

Prado, Madrid, Espagne.

 

L'air est doux, les feuilles rouges virevoltent au vent.

 

Galerie de portraits. De l'autre côté des Pyrénées, la singularité de la « normalitude. »

 

Balzac a poursuivi le travail : on, le lecteur attentif aux signes, voit désormais plus clair aux réseaux de la coulisse.

 

Car avant l'auteur de la Comédie humaine, un certain Balthasar avait vendu la mèche.

 

Mais comme plus personne ne lit, je vais ouvrir pour vous l'opus perforateur. Tenez, cette page où il est question de L'Homme au comble de sa perfection  :

 

« Il ne naît pas tout fait, il se perfectionne de jour en jour dans ses mœurs et dans son emploi, jusqu’à ce qu’il arrive enfin au point de la consommation. Or l’homme consommé se reconnaît à ces marques : au goût fin, au discernement, à la solidité du jugement, à la docilité de la volonté, à la circonspection des paroles et des actions.  Quelques-uns n’arrivent jamais à ce point, il leur manque toujours je ne sais quoi ; et d’autres n’y arrivent que tard. »

 

Vous n'étiez pas au courant ? Ainsi, vous l'êtes.

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 06:00

File:Fiesterra.jpg

 

 

Toujours plus loin...

 

 

Café bien noir sur la terrasse qui domine le bazar.

 

Sourire au monde tel qu'il va — ce qu'il y a de mieux à faire avant la nouvelle aube.

 

Le livre ouvert à la même page depuis trois jours :

 

« Car partout où il a été.donné aux hommes d'atteindre les extrémités mêmes de la terre, ils ont trouvé la mer, celle précisément. que nous nommons océan, et, pour les parties où le fait n'a pu être vérifié directement par les sens, le raisonnement l'a établi de même. Les périples exécutés, soit autour du côté oriental de la terre, qui est celui qu'habitent les Indiens, soit autour du côté occidental, qui est celui qu'occupent les Ibères et les Maurusiens, ont été poussés loin, tant au nord qu'au midi, et l'espace qui demeure encore fermé à nos vaisseaux, faute de relations établies entre nos marins et ceux qui exécutent en sens contraire des périples analogues, cet espace, disons-nous, est peu considérable, à en juger par les distances parallèles que nos vaisseaux ont déjà parcourues. Cela étant, il n'est guère vraisemblable que l'océan Atlantique puisse être divisé en deux mers distinctes par des isthmes aussi étroits qui intercepteraient la circumnavigation, et il paraît beaucoup plus probable que ledit océan est un et continu; d'autant que ceux qui, ayant entrepris le périple de la terre, sont revenus sur leurs traces, ne l'ont point fait, de leur aveu même, pour s'être vu barrer et intercepter le passage par quelque continent, mais uniquement à cause du manque de vivres et par peur de la solitude, la mer demeurant toujours aussi libre devant eux. Cette manière de voir s'accorde mieux aussi avec le double phénomène du flux et du reflux de l'océan, car partout les changements qu'il éprouve, notamment ceux qui consistent à élever et à abaisser le niveau de ses eaux, ont un caractère uniforme ou n'offrent que d'imperceptibles différences, comme cela se conçoit de mouvements produits au sein de la même mer et en vertu d'une seule et même cause. »

 

Limites — un pas de plus.

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 06:00

File:India - Sights & Culture - 010 - Banyan Tree (376422514).jpg

 

 

Un coin de paradis...

 

 

Travaux de jardinage. Tant à faire avant les grosses chaleurs et le voyage au lointain. D'enseignes bien connues, les catalogues qui pleuvent dans la boîte aux lettres. Râteau ou pas râteau. Engrais fertilisant, naturel ou bio ? Élaguer ou s'activer l'automne venu ? Roses ou... roses ?

 

Mon jardin de curé est tout sauf un hortus conclusus : c'est un jardin ouvert sur le monde. On le sait, j'ai beaucoup écrit sur les jardins de mon enfance. Doublons de mes propres souvenirs. En transparence, la nature de ma pensée.

 

Je laisse faire. Dans la bibliothèque dont la fenêtre donne sur le figuier, la saveur littérale qui va m'éclairer jusqu'à la pointe du jour :

 

 « D’un gradin d’or, — parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, — je vois la digitale s’ouvrir sur un tapis de filigranes d’argent, d’yeux et de chevelures.

Des pièces d’or jaune semées sur l’agate, des piliers d’acajou supportant un dôme d’émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d’eau.

Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses. »

 

Un parement de boutons d'or sur la pierre moussue.

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 06:00

 

 

Encore un petit effort...

 

 

– Quelle ligne ! Mais comment fais-tu ?

– Trois fois rien, je marche, je nage un peu si l'onde est propice, j'utilise ce vieux manche à balai pour m'étirer le dos...

– Quand même !

– Ce sont des viatiques bien simples dont chacun peut s'emparer...

 

L'ami s'époumone depuis des lustres à ventiler sa brioche blasonnante. Il écoute. Il n'écoute pas. Ou, à dire vrai, il ne s'écoute pas. Son corps, passablement éreinté, le rappelle sans relâche à l'ordre. Je pourrais lui redire de corriger son alimentation (trop de gras, en tout cas, pas le bon), de déguster les joyeux légumes du marché, les rutilants fruits du verger, rien ne lui est acceptable. Au fond, il a, sans doute, raison : chacun voit midi à sa porte en matière de régime diététique. Les recommandations en général (il suffit de feuilleter la presse féminine...), les miennes en particulier (bienveillantes comme toujours...), sont donc souvent contre productives. 

 

Un fait : certaines connaissances ne peuvent plus me piffrer à leur table, car, la dalle en pente, il m'arrive de bâfrer comme quatre. Et d'écluser outrément. Je plaisante. Quoique... Ces jours-là, j'ai la sensation de sortir d'une quarantaine et me livre, cru ou cuit, à toutes sortes d'expériences. La vie de mon organisme m'importe. Chameau le matin, Dionysos le soir. 

 

Une intelligence puissante dans un belle enveloppe. On a pu voir jusqu'où la vertu (le vice ?) est allée et c'est, exemple (qui, selon moi, n'en est pas un) entre cent, l'art du seppuku porté par Mishima à son paroxysme.

 

Nu ou plutôt vêtu d'un unique longhi birman en été, les épaules couvertes d'un kesa rouge safran l'hiver, devant le bassin aux espiègles poissons, je savoure noix, noisettes, champignons et pommes qu'accompagne un flacon de graves. La terre, l'eau et le ciel. Mon ton de base. Après, il sera bien temps de piquer un cent mètres !

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 06:00

File:Nabokov Butterflies 2.JPG

 

 

Une musique très personnelle...

 

 

Après le séminaire, j'ai laissé les questions de l'auditoire en suspens. C'est mieux comme ça. Le champ reste ouvert.

 

Pluie printanière persistante. À deux pas, le Muséum d'Histoire naturelle. Je traverse le Jardin des Plantes. Enfance. Porte dérobée, couloirs à l'aveuglette. Bonjour aux mammouths et autres diplodocus. Trois étages plus haut, la zone scientifique des papillons dans un silence de nécropole. Hier, l'aiguille de l'entomologiste ; aujourd'hui, les pesticides, lesquels ont fini ou quasi par avoir raison de ces magnifiques écritures ailées. Il y a quelques jours pourtant, dans mon jardin méridional, j'ai vu un vulcain. Cette espèce n'est pas particulièrement protégée, mais j'en croise de moins en moins. Vanessa atalanta, le nom sous la plume du grand Linné. Sa folle course mythologique parmi les premières tulipes rouges et or.

 

Me suis souvenu de Nabokov. Entomologie, l'une de ses passions avec le jeu d'échecs. Vladimir Vladimirovitch, ah !, je l'ai beaucoup fréquenté à une époque. Me suis même promené dans le parc du vaste manoir familial de pierres blanches de Rojdestveno sur la route qui mène à Saint-Petersbourg. Nabokov en parle dans son autobiographie légendée, Autres rivages. Quelle existence ! De l'Europe en flammes au continent américain, aller-retour. Une fois, conversant avec un ami peintre qui est aussi un écrivain remarquable, celui-ci me déclara, je cite, que Nabokov « est un génial metteur en scène d'idées.» Nous évoquions les tournées que Nabokov organisait d'une université à l'autre en qualité de conférencier très itinérant. J'ai pensé à John Cowper Powys. Si j'en crois celles et ceux qui ont eu la chance de l'écouter in vivo, ce magicien du verbe virevoltait non sans panache de Dickens à Joyce exaltant au passage le meilleur de Tolstoï ou de Flaubert.

 

S'il se montrait soucieux du rythme, Nabokov se méfiait des arrangements musicaux. Dehors, la pluie battait de plus en plus fort. Peut-être aurait-il été sensible aux glong gling glong antédiluviens produits par les gouttes d'eau et qui se réverbéraient d'un bout à l'autre de la toiture...

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 06:00

 

 

Tour d'horizon.

 

 

Europe, Europe, Europe.

 

Il est très chaleureux, ce restaurant libanais, au hasard des rues vers l'ancien quartier du port de Hambourg.

 

Quelques connaissances grecques après le symposium – des intellectuels dans leur pays.

 

Je propose que nous débouchions d'abord, avant toute chose, la longiligne bouteille de vin rouge, du vin en provenance sécurisée des caves de Ksara.

 

Je dis :

 

– Remontons à la source, enfin, une des sources parmi les meilleures.

– Ce n'est pas trop ancien ?

– Tu veux plaisanter. Mais qu'est-ce qui est lointain sur le plan de la vraie culture ?

 

L'un des amis du cercle que nous formions venait de me voir brandir un exemplaire des fragments d'Héraclite.

 

Comme quoi...

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 07:00

 

 

Qu'est-ce qu'on rigole !

 

 

La gare, les gares.

 

À Nantes où je vais donner une de ces conférences dont j'ai le secret, des badauds, grâce à une sono ambulante, s'improvisent danseurs de rue au rythme plus qu'entraînant du tube-happening désormais planétaire mis en scène par l'auteur-compositeur américain Pharrell Williams, Happy.

 

La joie – communicative – de l'ensemble contraste singulièrement avec les manchettes journalistiques pré-pascales qui, toutes, tirent une tronche de six pieds de long.

 

Shakespeare à l'ordre du jour. Je sais que tout à l'heure dans l'auditorium, après un ballon de muscadet, je vais ouvrir une vaste parenthèse. Je parlerai un peu d'Éphèse et beaucoup du magister William.

 

Allons gaiement : « Petite chère et grand accueil font joyeux festin ! »

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 07:00

File:Ex-Voto Église Saint-André de Port à Port-en-Bessin DSCF2676.JPG

 

 

E la nave va...

 

 

Visiter les églises s'avère une saine occupation.

 

L'édifice au bord de l'eau resserre une foultitude d'ex-voto plus révélateurs les uns que les autres.

 

Celui-ci, esquif-nacelle qui s'élève avec perfection sans degré vers la voûte.

 

Je sors dans l'air frais. Des canards s'ébrouent sur la rive. Du carnet, cette note avant le départ :

 

« Nombreux sont ceux que l'on contraint de se confesser, mais on ne contraint personne à croire. Nulle liberté n'est plus grande que celle du jugement ; c'est pourquoi je la revendique à mon compte afin de ne pas la refuser aux autres ».

 

Requinqué.

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 07:00

File:Français 2810, fol. 3v, Qubilaï donnant une tablette aux Polo.jpeg

 

 

Il faut que ça marche...

 

 

Grand plan numérique : l'annonce tutélaire.

 

À titre professionnel, je reçois par les câbles des tombereaux de messages qui sonnent à la conscience comme des injonctions à tous et à chacun.

 

Non sans flegme, je lis cette masse mystagogique regorgeant de néologismes plus ou moins heureux.

 

Et vous voulez que l'on se pose, encore !, la question de comprendre pourquoi, dans le champ éducatif, le premier dont les édiles devraient vraiment se soucier, les opérations cognitives fondamentales que sont le fait de savoir lire, écrire et calculer sont reléguées au deuxième, voire au troisième plan ?

 

Un conseil : repassez-vous le film.

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article
31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 07:00

File:Montmartre télégraphe dessin.jpg

 

 

L'an neuf...

 

 

Boîte aux lettres qui regorge de catalogues. Multimédia pour 2015.

 

Le sac à dos est prêt : crayons, feutres, carnets.

 

Direction l'océan écumeux et ragaillardi par les tempêtes d'octobre.

 

Seul sur le front de l'Ouest.

 

Lecture avant le départ :

 

« Quelle était cette nouvelle invention qui se révélait tout à coup ? Était-elle, comme celle qui l’avait précédée, incomplète, maladroite, hérissée de difficultés qui en rendaient l’application dispendieuse et l’usage impraticable ? était-ce le rêve d’un cerveau tourmenté de célébrité à tout prix ? Était-ce au contraire le résultat d’études sérieuses et bien pondérées, de combinaisons à la fois ingénieuses et faciles ? Quel en était l’auteur et comment avait-il été amené à faire une telle et si importante découverte ?

Claude Chappe était né dans le département de la Sarthe, à Brulon, en 1763 ; il avait donc vingt-neuf ans quand il se présenta à la barre de l’Assemblée législative. Les glorieux antécédents scientifiques ne faisaient point défaut dans sa famille ; son oncle, l’abbé Chappe  d’Auteroche, avait été envoyé par l’Académie des sciences, dont il était membre, à Tobolsk, afin d’y observer, le 6 juin 1761, le passage de Vénus sur le soleil ; plus tard, pour étudier un phénomène semblable, il se rendit en Californie, où il mourut des suites de ses fatigues. Il avait légué à son neveu le goût des sciences et l’aptitude au travail, car Claude Chappe fut un travailleur infatigable. Cependant l’idée première de sa découverte, qui eut une si grande importance à la fin du siècle dernier, est plutôt due au hasard, à une malice d’enfant, qu’à une volonté préconçue et nettement dirigée vers un point défini. Claude Chappe, destiné à l’état ecclésiastique, avait été mis dans un séminaire éloigné de trois quarts de lieue environ du pensionnat où ses quatre frères faisaient leurs études. Ces enfants cherchèrent un moyen de communiquer entre eux malgré la distance, et Claude imagina d’appliquer des règles plates et noires sur la surface blanche des murailles du séminaire. À l’aide d’une lorgnette, ses frères pouvaient voir facilement les différentes positions qu’il faisait prendre à ses règles et lire ainsi des phrases dont le vocabulaire avait été convenu entre eux. Telle fut l’origine singulière de l’appareil et du système de signaux qui devaient former plus tard le télégraphe et le langage télégraphique. »

 

Le titre de cette rengaine d'autrefois ? Ah, oui : « I'll send an SOS to the world... »

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
commenter cet article