26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 06:00
Estocade

Plaines ourlées d'oliviers.

 

Dans le train qui me porte à Séville, pas une rame qui ne cède à l'appel pour moi maléfique des jeux vidéos. Pour avoir, croient-elles, la paix le temps du voyage, les mères s'y mettent aussi, qui encouragent leurs progénitures à sortir du sac dès le coup de sifflet smartphones, tablettes et ordinateurs portables.

 

À l'évidence, la tablette, son format malléable, a déjà la faveur des plus jeunes. Et comme tous ne disposent pas d'oreillettes, j'ai droit à la reconstitution sur écran ultra pixelisé de la tonitruante bataille de Stalingrad, au pilonnage massif de l'archipel nippon ou au feu d'artifice sur les décombres berlinois. Chargé moyennant dix euros via le miracle d'une carte bancaire, le divertissement est l'assurance du bruit calamiteux et de la stupide fureur à moindre frais.   

 

Je m'échappe sur la plate-forme, et prélève de mon carnet cet avertissement :

 

« Ô matelot, toi qui, courtisan, risques ta voile au palais, au palais royal qui, par ses sirènes, est une autre mer de Naples,

Laisse les rames et garde-toi d’éloigner tes deux mains de tes oreilles, car c’est vraiment un écueil, sinon des sables mouvants, que cette douce voix d’un séraphin féminin.

Pareil à ses accents, ta mort sera brillante, si leur harmonie mortelle, si leur rare beauté exhale douceur et gloire.

Prends la fuite devant celle qui, armée d’une lyre, quand elle remue les rochers, quand elle arrête les vaisseaux, tue en chantant celui qu’en chantant elle regarde. »

 

Comme d'habitude, j'imagine, un coup d'épée dans l'eau...

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