19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 06:00

 

 

Les innocents...

 

 

Entre deux traversées, les joies de la salle d'attente.

 

Ce que j'observe alentour est consternant : à quoi bon se lamenter ?

 

On pourrait se dire que ces genres d'humains seraient bien inspirés de mieux utiliser leurs heures.

 

Un remède ? Sa posologie ?

 

Qu'à cela ne tienne :

 

« Suis ton plan, cher Lucilius ; reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le. Persuade-toi que la chose a lieu comme je te l’écris : il est des heures qu’on nous enlève par force, d’autres par surprise, d’autres coulent de nos mains. Or la plus honteuse perte est celle qui vient de négligence ; et, si tu y prends garde, la plus grande part de la vie se passe à mal faire, une grande à ne rien faire, le tout à faire autre chose que ce qu’on devrait. Montre-moi un homme qui mette au temps le moindre prix, qui sache ce que vaut un jour, qui comprenne que chaque jour il meurt en détail ! Car c’est notre erreur de ne voir la mort que devant nous : en grande partie déjà on l’a laissée derrière ; tout l’espace franchi est à elle. Persiste donc, ami, à faire ce que tu me mandes : sois complètement maître de toutes tes heures. Tu dépendras moins de demain, si tu t’assures bien d’aujourd’hui. Tandis qu’on l’ajourne, la vie passe. Cher Lucilius, tout le reste est d’emprunt, le temps seul est notre bien. C’est la seule chose, fugitive et glissante, dont la nature nous livre la propriété ; et nous en dépossède qui veut. Mais telle est la folie humaine : le don le plus mince et le plus futile, dont la perte au moins se répare, on veut bien se croire obligé pour l’avoir obtenu ; et nul ne se juge redevable du temps qu’on lui donne, de ce seul trésor que la meilleure volonté ne peut rendre. Tu demanderas peut-être comment je fais, moi qui t’adresse ces beaux préceptes. Je l’avouerai franchement : je fais comme un homme de grand luxe, mais qui a de l’ordre... »

 

Ah, il est temps d'embarquer !

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 06:00

File:Kalahari PICT0036.JPG

 

 

Le désert jusqu'à plus soif...

 

 

Préparatifs au bivouac matinal.

 

Encore un peu de lune et déjà le soleil dardant.

 

Le message précis sur la terre rouge :

 

« Ne vous détournez donc pas. Regardez ce qui est devant vous : une grande étendue, un paysage... »

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 06:00

 

 

 

Cette somme de bonnes intentions...

 

 

Comme j'avais du temps, je suis allé voir l'exposition Garry Winogrand au musée du Jeu de Paume. Les mains. L'œil.

 

L'autre jour, j'avais trié et classé des dizaines de photographies prises aux quatre coins du monde. Certaines, choisies avec soin, illustrent aujourd'hui la première de couverture de mes livres. Selon la rose des vents, amateurs ou professionnels, les photographes se reconnaissent, si je puis dire, au premier regard.

 

J'apprécie le travail de Winogrand, instantanés populaires d'une Amérique qui se cherche une direction entre guerre de Corée et apocalypse post vietnamienne. Des femmes. Beaucoup. Elles rient la plupart du temps. Ou chuchotent. Ou se demandent ce qu'elles font là. Surprise : ces deux jeunes femmes affranchies qui poussent leurs vélos sur un boulevard de Beverly Hills, 1980. Je navigue dans le coin. C'est presque la fin, mais l'Amérique des États-Unis est pour moi encore intéressante.

 

Une de ses déclarations : « A photograph is the illusion of a literal description of how the camera 'saw' a piece of time and space. »

 

L'espace et le temps, tout est là.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 06:00

 

 

Un raton-laveur et quelques poissons...

 

 

Conférence-lecture de textes autour du mouvement transcendantaliste à l'université Paul-Valéry de Montpellier. Un des hauts lieux pour ce qui est des études nord-américaines.

 

La veille, promenade le long du rivage du côté de Sète. Échanges plus tard avec les marins-pêcheurs sur les quais de cette belle ville colorée qui parle encore l'italien au détour de ses venelles.

 

Les espèces non tétrapodes, terme générique, évidence naturaliste, disparaissent à la vitesse grand V comme le reste. Parler de la pollution des mers est dorénavant strictement trivial. Tout comme déblatérer sur leur exploitation éhontée – et pas seulement aux antipodes. On le sait et on continue à faire comme si de rien n'était.

 

– Un kilog de rougets, dix kilogs de détritus !

– Leur chair est moins goûteuse qu'avant...

– Il faut tout changer !

 

À un moment donné de ma conférence, je n'ai pas pu m'empêcher d'inciser mon propos, inflexion idiomatique, et d'évoquer le travail scientifique de Rachel Carson. Les auditeurs les plus anciens ont tendu le pavillon, les plus jeunes ont cru que je cherchais à renflouer la bibliographie ou à noyer le poisson.

 

J'ai cité Printemps silencieux et Cette mer qui nous entoure. Et puis j'ai repensé à Thoreau qui connaissait si bien les poissons de Walden Pond et notamment les mœurs de la perche, animal totémique à ses sens. Mes notes étant bien organisées, j'ai lu : 

 

« Les perches de Walden ! Chaque fois que je vois, sur la glace ou dans le trou que les pêcheurs y creusent, ces poissons fabuleux, je demeure stupéfait de leur rare beauté : ils sont si étrangers à nos rues et même à nos bois ; aussi beaux que des fleurs et des joyaux, couleur d'or et d'émeraude – d'une transcendante et éblouissante beauté qui les place bien loin de la cadavéreuses morue ou du haddock, vieux d'au moins un jour, qu'on nous met sous les yeux. Ils sont aussi étrangers à Concord que l'Arabie, comme si s'étaient rejointes les deux extrémités de la terre. »

 

Bouche bée, le parterre.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 07:00

 

 

Aller plus loin...

 

 

Iona aux confins du monde.

 

Un battement d'aile et du bleu partout.

 

Solitude peuplée du souvenir.

 

J'ouvre le livre romantique :

 

« Iona ne mesure pas plus de trois milles de long sur un mille de large, et compte à peine cinq cents habitants. Le duc d’Argyle, à qui elle appartient, n’en retire qu’un revenu de quelques centaines de livres. Là, point de ville proprement dite, ni même de bourgade, ni même de village. Quelques maisons éparses, pour la plupart simples masures, pittoresques si l’on veut, mais rudimentaires, presque toutes sans fenêtres, éclairées seulement par la porte, sans cheminée, avec un trou dans le toit, n’ayant que des murs de paillis et de galets, des chaumes de roseaux et de bruyères, reliés par de gros filaments de varech.  

Qui pourrait croire, cependant, que Iona a été le berceau de la religion des Druides, aux premiers temps de l’histoire Scandinave ? Qui s’imaginerait qu’après eux, au sixième siècle, saint Columban, — l’Irlandais dont elle porte aussi le nom, — y fonda, pour enseigner la nouvelle religion du Christ, le premier monastère de toute l’Écosse, et que des moines de Cluny vinrent l’habiter jusqu’à la Réforme ! Où chercher maintenant les vastes bâtiments, qui furent comme le séminaire des évoques et des grands abbés du Royaume-Uni ? Où retrouver, au milieu des débris, la bibliothèque, riche en archives du passé, en manuscrits relatifs à l’histoire romaine, et dans laquelle venaient utilement puiser les érudits de l’époque ? Non ! à l’heure présente, rien que des ruines, là où la civilisation, qui devait si profondément modifier le nord de l’Europe, avait pris naissance. De la Sainte-Columba d’autrefois, il ne reste que la Iona actuelle, avec quelques rudes paysans, qui arrachent péniblement à sa terre sablonneuse une médiocre récolte d’orge, de pommes de terre et de blé, avec les rares pêcheurs, dont les chaloupes vivent des eaux poissonneuses des petites Hébrides ! »

 

Le calme après la tempête.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 07:00

File:Dijon - Jardin de l'Arquebuse - 09.JPG

 

 

La poudre du temps...

 

 

Une conférence à Dijon et une promenade au jardin botanique.

 

Temple de l'amour, collections de l'arboretum, roseraies en sommeil. Et quelques cygnes encore sauvages.

 

De retour dans la bibliothèque, je mène mon enquête au fil de l'encyclopédie.

 

Vous avez l'embarras du choix : escopette, couleuvrine, mousquets... En pleine page, lithographie des fameux arquebusiers du roi.

 

Progrès : il paraît qu'aujourd'hui les hommes en viennent à se battre simplement à mains nues...

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 07:00

File:Cuvier-35-Bouvreuil pivoine et Bec-croisé des sapins.jpg

 

 

Oiseaux, lances levées à toutes frontières de l'homme !....

 

 

Escapade dans le parc du Mercantour.

 

De la neige, un lac, encore de la neige.

 

Les investigations planétaires produisent ces temps-ci les plus éloquents des rapports : les espèces animales et florales, sauvages comme domestiques, fondent à vue de nez. Pas besoin pourtant de chercher bien loin pour en trouver la cause, connue, désormais, de tous.

 

Ce beau matin de froidure blanche, j'ai, figurez-vous, de la chance : un bouvreuil pivoine m'accompagne depuis un moment de branche en branche, « avec toutes choses errantes par le monde », et j'ajoute, très fragiles...

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 07:00

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La cuisine, il y a la mienne et celle des autres...

 

 

Une entrée en matière à la manière d'Audiard.

 

Pendant qu'ils s'affairent sur le plan de travail, je me promène dans la garrigue où les plantes aromatiques se serrent pour gagner un peu de chaleur. Blancheur spectrale des à-pics aux Baux-de-Provence.

 

Un résumé de la situation avant les agapes, juste avant :

 

« Prends un agneau, que tu dépouilleras comme d'habitude. Ôte-lui toutes les entrailles et lave bien l'intérieur, mais garde-lui les pieds. Ensuite, prends le poumon et le foie, que tu mettras à bouillir avec les autres entrailles. Mélange cette préparation avec du persil, du lard, d'autres épices, des raisins secs et du sel. Farcis-en l'agneau et recouds-le bien.
Certains, pour cette fête, remplacent cette farce par simplement les entrailles et les herbes.
Mets enfin l'agneau tout du long sur la broche, en attachant ses pieds à la manière du lièvre, afin qu'il ne bouge pas. Ce plat conviendra aux grands ».

 

De toutes les façons, du vin de Bordeaux en chaque circonstance...

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 07:00

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Qu'ont-ils vu ?

 

 

Il fait froid. Au coin de la cheminée, les flocons tourbillonnent, un bon livre à la main :

 

 

« Quatre jours après, l’Halbrane relevait cette curieuse île de Tristan d’Acunha, dont on a pu dire qu’elle est comme la chaudière des mers africaines.

Certes, c’était un fait bien extraordinaire, cette rencontre à plus de cinq cents lieues du cercle antarctique, cette apparition du cadavre de Patterson ! À présent, voici que le capitaine de l’Halbrane et son frère le capitaine de la Jane étaient rattachés l’un à l’autre par ce revenant de l’expédition d’Arthur Pym !… Oui ! cela doit sembler invraisemblable… Et qu’est-ce donc, pourtant, auprès de ce que j’ai à raconter encore ?…

Au surplus, ce qui me paraissait, à moi, aller jusqu’aux limites de l’invraisemblance, c’était que le roman du poète américain fût une réalité. Mon esprit se révolta d’abord… Je voulus fermer les yeux à l’évidence !…

Finalement, il fallut se rendre, et mes derniers doutes s’ensevelirent avec le corps de Patterson dans les profondeurs de l’Océan.

Et, non seulement le capitaine Len Guy s’enchaînait par les liens du sang à cette dramatique et véridique histoire, mais – comme je l’appris bientôt – notre maître-voilier s’y reliait aussi. En effet, Martin Holt était le frère de l’un des meilleurs matelots du Grampus, l’un de ceux qui avaient dû périr avant le sauvetage d’Arthur Pym et de Dirk Peters opéré par la Jane.

Ainsi donc, entre le 83e et le 84e parallèles sud, sept marins anglais, actuellement réduits à six, avaient vécu depuis onze ans sur l’île Tsalal, le capitaine William Guy, le second Patterson et les cinq matelots de la Jane qui avaient échappé – par quel miracle ? – aux indigènes de Klock-Klock !… »

 

On ne fait pas mieux.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 07:00

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L'essentiel...

 

 

Hardie marche nocturne. 

 

Ponts et carillons.

 

Un peu de lecture :

 

« — Eh bien, si nous ne soupons pas dans la haute, dit mon ami, je ne sais guère où nous irions à cette heure-ci. Pour la Halle, il est trop tôt encore. J’aime que cela soit peuplé autour de moi. — Nous avions récemment, au boulevard du Temple, dans un café près de l’Épi-Scié, une combinaison de soupers à un franc, où se réunissaient principalement des modèles, hommes et femmes, employés quelquefois dans les tableaux vivants ou dans les drames et vaudevilles à poses. Des festins de Trimalcion comme ceux du vieux Tibère à Caprée. On a encore fermé cela.  

— Pourquoi ?

— Je le demande. Es-tu allé à Londres ?

— Trois fois.

— Eh bien, tu sais la splendeur de ses nuits, auxquelles manque trop souvent le soleil d’Italie? Quand on sort de Majesty-Theater, ou de Drury-Lane, ou de Covent-Garden, ou seulement de la charmante bonbonnière du Strand dirigée par madame Céleste, l’âme excitée par une musique bruyante ou délicieusement énervante (oh ! les Italiens !), par les facéties de je ne sais quel clown, par des scènes de boxe que l’on voit dans des box..., l’âme, dis-je, sent le besoin, dans cette heureuse ville où le portier manque, — où l’on a négligé de l’inventer, — de se remettre d’une telle tension. La foule alors se précipite dans les boeuf-maisons, dans les huître-maisons, dans les cercles, dans les clubs et dans les saloons !

— Que m’apprends-tu là ! Les nuits de Londres sont délicieuses ; c’est une série de paradis ou une série d’enfers, selon les moyens qu’on possède. Les gin-palace (palais de genièvre) resplendissants de gaz, de glaces et de dorures, où l’on s’enivre entre un pair d’Angleterre et un chiffonnier... Les petites filles maigrelettes qui vous offrent des fleurs. Les dames des wauxhalls et des amphithéâtres, qui, rentrant à pied, vous coudoient à l’anglaise, et vous laissent éblouis d’une désinvolture de pairesse ! Des velours, des hermines, des diamants, comme au théâtre de la Reine !... De sorte que l’on ne sait si ce sont les grandes dames qui sont des...

— Tais-toi ! »

 

Il vous est loisible de vérifier par vous-même...

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