18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 06:00

 

 

Retour à Rome.

 

Sans autre panorama que la beauté sous le ciel bleu.

 

Je me fais l'effet d'un draveur qui cherche son point d'équilibre dans un monde en mouvement.

 

Le studio bien situé, les pages du carnet sont remplies, un flacon de Valpolicella, deux verres.

 

Dans l'angle, par la fenêtre, je peux apercevoir l'un des plus anciens musées qui soit.

 

Se souvient-on d'Apollonios de Chalcédoine ? Non ? Marc Aurèle a beaucoup appris de sa bouche. Le temps béni de l'instructif enseignement oralisé.

 

À la terrasse d'un bar, après avoir salué les disparus très vivants, j'ouvre le bréviaire :

 

« Tous ces biens que tu désires et que tu cherches à atteindre par des détours, tu peux les avoir dès maintenant, si tu n’es pas ton propre ennemi. Je veux dire si, laissant là tout le passé et te confiant pour l’avenir à la Providence, tu ne t’occupes que du présent et en disposes suivant la sainteté et la justice. Suivant la sainteté, afin d’aimer ton lot, car la nature l’a préparé pour toi et toi pour lui. Suivant la justice, afin de dire la vérité librement et sans ambages, afin d’agir selon la loi et selon la valeur des choses; afin de n’être arrêté ni par la méchanceté, ni par les jugements, ni par les paroles d’autrui. ni même par aucune sensation de la chair qui t’enveloppe, car cela n’importe qu’à ce qui en souffre. Si donc, au moment quel qu’il soit où il faudra partir, il se trouve qu’oubliant tout le reste, tu as respecté [uniquement] ton principe directeur et le Dieu qui est en toi, et craint non point de cesser de vivre, mais plutôt de n’avoir jamais commencé à vivre conformément à la nature, tu seras un homme digne du monde qui t’a engendré, tu cesseras d’être un étranger dans ta patrie, tu ne regarderas plus avec étonnement les événements de chaque jour comme s’ils étaient inopinés, tu ne seras plus suspendu à ceci ou à cela. »

 

Oui, tu peux bien aimer ton lot – et accueillir à l'instant ce baiser sur tes lèvres...

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 06:00

 

Aujourd'hui, c'est la fête de l'essaim.

 

Un tour par le Revermont des contreforts alpins.

 

Dans la wagon qui tangue dans la vallée, un  journal abandonné sur la banquette m'apprend qu'un brillant chercheur est parvenu à réduire l'eau en poudre. Pour obtenir un litre potable à partir de la préparation, il suffit, dit l'article, d'ajouter de l'eau... Quel progrès !

 

Pendant ce temps-là, charpentière noire (Xylocopa violacea) ou parée d'une guêpière jaune (Mellifera ligustica), l'abeille bosse fort sous les derniers rayons du soleil.

 

Affranchi de la ruche, le citadin fait-il mieux ?

 

Je me glisse sur le gazon d'un pré au flanc d'un coteau, et me focalise sur ce souvenir :

 

« La science de la richesse dans ses branches pratiques consiste à connaître à fond le genre, le lieu et l’emploi des produits les plus avantageux : à savoir, par exemple, si l’on doit se livrer à l’élève des chevaux, ou à celui des bœufs ou des moutons, ou de tels autres animaux, dont on doit apprendre à choisir habilement les espèces les plus profitables selon les localités ; car toutes ne réussissent pas également partout. La pratique consiste aussi à connaître l’agriculture, et les terres qu’il faut laisser sans arbres et celles qu’il convient de planter ; elle s’occupe enfin avec soin des abeilles et de tous les animaux de l’air et des eaux qui peuvent offrir quelques ressources... » Oui, et relisons aussi Columelle dans ce domaine.

 

Pourtant, malgré les sages avertissements des anciens, de lourds crétins peroxydés trompettent qu'exploiteur des ressources naturelles est une situation en vue et enviable...

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 06:00

 

La déliquescence débridée partout, sauf ici.

 

L'humanité ? Mais il n'y a que des individus. La preuve : dès l'aube chaude, par les rues assoupies, avant que n'éclatent les savantes couleurs automnales, je me retrouve.

 

Calle Fratti Dorsoduro, Rio Terrà Foscarini, Calle Ponte Storto, et retour vers le Campo.

 

Une pierre élégante en forme de banc. Ignorée de tous. Connue de moi seul.

 

Là, dans un coin de pure beauté, j'ouvre le livre tant qu'il est encore temps :

 

« Jadis, quand on voyait les hommes traîner une vie rampante sous le faix honteux de la superstition, et que la tête du monstre, leur apparaissant à la cime des nues, les accablait de son regard épouvantable, un Grec, un simple mortel osa enfin lever les yeux, osa enfin lui résister en face. Rien ne l’arrête, ni la renommée des dieux, ni la foudre, ni les menaces du ciel qui gronde ; loin d’ébranler son courage, les obstacles l’irritent, et il n’en est que plus ardent à rompre les barrières étroites de la nature. Aussi en vient-il à bout par son infatigable génie : il s’élance loin des bornes enflammées du monde, il parcourt l’infini sur les ailes de la pensée, il triomphe, et revient nous apprendre ce qui peut ou ne peut pas naître, et d’où vient que la puissance des corps est bornée et qu’il y a pour tous un terme infranchissable. La superstition fut donc abattue et foulée aux pieds à son tour, et sa défaite nous égala aux dieux... »

 

Et reprends ma promenade méditative.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 06:00

File:Cap Corse-Tours génoises.jpg

 

Exit la rentrée des classes !

 

D'un cap en Corse, je vois passer toutes sortes d'embarcations.

 

Dans le courant. À contre-courant.

 

Je n'ai pas la berlue, mais c'est bien moi, là-bas, sur le gaillard d'avant, les feuilles au vent :

 

« L’aube d’or et la soirée frissonnante trouvent notre brick au large en face de cette villa et de ses dépendances qui forment un promontoire aussi étendu que l’Épire et le Péloponèse, ou que la grande île du Japon, ou que l’Arabie ! Des fanums qu’éclaire la rentrée des théories ; d’immenses vues de la défense des côtes modernes ; des dunes illustrées de chaudes fleurs et de bacchanales ; de grands canaux de Carthage et des embankments d’une Venise louche ; de molles éruptions d’Etnas et des crevasses de fleurs et d’eaux. Des glaciers, des lavoirs entourés de peupliers d’Allemagne, des talus de parcs singuliers ; et les façades circulaires des « Royal » ou des « Grand » de quelque Brooklyn ; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions de cet hôtel, choisies dans l’histoire des plus élégantes et des plus colossales constructions de l’Italie, de l’Amérique et de l’Asie, dont les fenêtres et les terrasses, à présent pleines d’éclairages, de boissons et de brises riches, sont ouvertes à l’esprit des voyageurs et des nobles, qui permettent, aux heures du jour, à toutes les tarentelles illustres de l’art, de décorer merveilleusement les façades du Palais Promontoire. »

 

La Terre, encore un tour...

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:00

 

Allongé dans l'herbe fraîche d'un plateau ardéchois, je contemple les étoiles à la ronde.

 

Beaucoup de pratique, un peu de théorie aussi :

 

« De la droite et de la gauche du monde ; théories des Pythagoriciens ; citation du Traité du mouvement des animaux ; les trois dimensions, le haut et le bas, la droite et la gauche, le devant et le derrière ; détermination de ces notions ; leurs relations à nous et à nos organes. Critique de la théorie des Pythagoriciens, qui n’ont tenu compte que de la droite et de la gauche, et qui ont omis les autres principes. Le haut du monde est le pôle que nous ne voyons pas ; le bas est le pôle qui est au-dessus de nos têtes ; la droite est le point où se lèvent les astres autres que les planètes ; la gauche est le point où ils se couchent. Le pôle invisible est à droite ; le nôtre est à gauche ; renversement de ces positions par rapport aux planètes. »

 

Là ! Cette pléiade me fait signe à travers l'espace-temps.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 06:00

Friedrich Preller der Ältere - Odysseus and Nausicaa, 1864.jpg

 

Nouveau périple circumasiatique.

 

J'ai écumé la jungle, les débris récitatifs et les lagons.

 

Me vois de face, de dos.

 

Ouvre le livre aux rivages :

 

« O Muse, conte-moi l'aventure de l'Inventif :

celui qui pilla Troie, qui pendant des années erra,

voyant beaucoup de villes, découvrant beaucoup d'usages,

souffrant beaucoup d'angoisses dans son âme sur la mer

pour défendre sa vie et le retour de ses marins

sans en pouvoir pourtant sauver un seul, quoi qu'il en eût :

par leur propre fureur ils furent perdus en effet,

ces enfants qui touchèrent aux troupeaux du dieu d'En Haut,

le Soleil qui leur prit le bonheur du retour...

À nous aussi, Fille de Zeus, conte un peu ces exploits ! »

 

Chez moi aujourd'hui dans la page blanche.

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 06:00

 

Vers les zones australes :

 

« Le pays de Wamasai est situé dans la partie orientale de l’Afrique centrale, entre la côte de Zanguebar et la région des grands lacs, où le Victoria-Nyanza et le Tanganiyka forment autant de mers intérieures. Si on le connaît en partie, c’est qu’il a été visité par l’anglais Johnston, le comte Tékéli et le docteur allemand Meyer. Cette contrée montagneuse se trouve sous la souveraineté du sultan Bâli-Bâli, dont le peuple est composé de trente à quarante mille nègres.

À trois degrés au-dessous de l’Équateur, se dresse la chaîne du Kilimandjaro, qui projette ses plus hautes cimes – entre autres celle du Kibo ­ à une altitude de 5704 mètres. Cet important massif domine, vers le sud, le nord et l’ouest, les vastes et fertiles plaines du Wamasai, en se reliant avec le lac Victoria-Nyanza, à travers les régions du Mozambique.

À quelques lieues au-dessous des premières rampes du Kilimandjaro, s’élève la bourgade de Kisongo, résidence habituelle du sultan. Cette capitale n’est, à vrai dire, qu’un grand village. Elle est occupée par une population très douée, très intelligente, travaillant autant par elle-même que par ses esclaves, sous le joug de fer que lui impose Bâli-Bâli.

Ce sultan passe à juste titre pour l’un des plus remarquables souverains de ces peuplades de l’Afrique centrale, qui s’efforcent d’échapper à l’influence, ou, pour être plus juste, à la domination anglaise.

C’est à Kisongo que le président Barbicane et le capitaine Nicholl, uniquement accompagnés de dix contremaîtres dévoués à leur entreprise, arrivèrent dès la première semaine du mois de janvier de la présente année. »

 

Où tout ceci nous mènera-t-il ?

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 06:00

File:Francis Carco 1930.jpg

 

Un bal au val de Marne.

 

Trilles et treilles.

 

L'air m'enveloppe :

 

« De grosses tulipes de lumière jaune ruissellent, écrasées dans les glaces. J’aime ce bar de métal clair, d’une ligne sobre et colorée. Des citrons, qu’on épluche, répandent une attirante odeur d’éther. D’autres aromes plus lourds ajoutent à cette odeur et la composent davantage. »

 

Et le mouvement m'emporte :

 

« Le beau couple tourne, il tourne lentement, selon la cadence, ou bien file tout droit — l’homme à reculons – d’un angle à l’autre de la salle. Là, il vire sur lui-même et reprend sa marche souple jusqu’à l’angle prochain qu’il évite par une volte-face savante. Au milieu des danseurs, il garde un souci de la mesure vraiment admirable. Quel mépris pour le trottin écervelé qui tourbillonne et gâche tout, pour le calicot valseur.

L’homme, un couvreur aux pantalons à la hussarde, au chapeau morès des nervis, tire à lui la fille : il l’étend en travers, sur sa poitrine : étreinte amoureuse et plastique. Emmanchés de la sorte les deux amants accompliront leur joie rythmée par l’orchestre. Et, tout autour, dans ce bal des Folies-Gauloises, les couples s’entrechoquent : ils s’enfoncent et se désunissent.

Bob et Marie-la-thune, très beaux, très sveltes et sobres, dansent sous la lumière électrique de la salle irrégulière. »

 

Manège !

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 06:00

 

Enquête au musée archéologique de Delphes.

 

J'ai la réponse à la question.

 

Plus tard, à l'ombre de trois oliviers :

 

« O vous, augustes reines du Céphise et d’une cité fameuse par ses coursiers !

Grâces !, illustres protectrices de la fertile Orchomène et de l’antique race de Mynias, écoutez-moi, je vous adresse mes vœux !

Tous les biens, tous les plaisirs dont jouissent les mortels sont des bienfaits de votre bonté ; et si quelque homme a en partage la beauté, la sagesse ou la gloire, c’est encore à vous qu’il le doit. Jamais, sans les Grâces décentes, les festins et les chœurs ne plairaient aux dieux. Dispensatrices augustes de tous les plaisirs du ciel, assises sur des trônes auprès d’Apollon à l’arc d’or, vous offrez sans cesse d’éternels hommages à votre père, l’immortel roi de l’Olympe.

Charmante Aglaé, Euphrosyne amie des chants des poëtes, filles du plus puissant des dieux, prêtez l’oreille à mes accens ; et vous, Thalie, pour qui la musique a tant de charmes, jetez un regard favorable sur cet hymne qui vole d’une aile légère dans ce jour heureux et prospère.

Plein d’une ardeur poétique, jeune Asopichus, je suis venu chanter sur le mode lydien la victoire olympique et la gloire dont tu illustres aujourd’hui la ville des Myniens.

Volez, Écho, volez vers les sombres demeures de Proserpine ; portez à Cléodame l’agréable nouvelle de la victoire de son fils ; annoncez-lui qu’au sein de la glorieuse Pise, le laurier triomphal a couronné son jeune front. »

 

Du souffle qui fend le temps.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 06:00

 

Tout calme dans les jardins de Merton College.

 

Sous la frondaison parfumée :

 

« Je sentis avant de penser ; c’est le sort commun de l’humanité. Je l’éprouvai plus qu’un autre. J’ignore ce que je fis jusqu’à cinq ou six ans. Je ne sais comment j’appris à lire ; je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi : c’est le temps d’où je date sans interruption la conscience de moi-même. Ma mère avait laissé des romans ; nous nous mîmes à les lire après souper, mon père et moi. Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture par des livres amusants ; mais bientôt l’intérêt devint si vif que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les nuits à cette occupation. Nous ne pouvions jamais quitter qu’à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait tout honteux : Allons nous coucher ; je suis plus enfant que toi.

En peu de temps j’acquis, par cette dangereuse méthode, non seulement une extrême facilité à lire et à m’entendre, mais une intelligence unique à mon âge sur les passions. Je n’avais aucune idée des choses, que tous les sentiments m’étaient déjà connus. Je n’avais rien conçu, j’avais tout senti. Ces émotions confuses, que j’éprouvai coup sur coup, n’altéraient point la raison que je n’avais pas encore ; mais elles m’en formèrent une d’une autre trempe, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques, dont l’expérience et la réflexion n’ont jamais bien pu me guérir. »

 

Une confession au soleil.

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