2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 07:00

Coddu Vecchiu 10.JPG

 

Plein Sud...

 

Loin des divertissements tourbillonnaires. Pierres, cactées aux combes abruptes, soleil levant.

 

Fragments échappés du désastre :

 

« Selon l’opinion de quelques hommes, la nature et l’essence des choses naturelles consistent dans leur sujet prochain et informe par lui-même : ainsi la nature du lit est le bois, celle de la statue l’airain. La preuve, dit Antiphon, c’est que si l’on enfouit un lit et que la putréfaction ait la force de faire pousser un rejeton, il se produira non un lit, mais du bois ; ce qui montre que la façon conventionnelle et artificielle donnée à la chose n’existe en elle que comme accident, tandis que l’essence est ce qui présente une durée continue et reçoit tout cela. Si ces sujets à leur tour se trouvent relativement à d’autres dans le même rapport où la forme était relativement à eux, comme il arrive par exemple pour l’airain et l’or relativement à l’eau, pour les os et le bois relativement à la terre ou encore dans tout autre cas, alors, dit-on, les nouveaux sujets constituent la nature et l’essence des premiers. C’est pourquoi d’après les uns le feu, d’après les autres la terre, d’après d’autres l’air ou l’eau et d’après d’autres encore plusieurs de ces corps ou tous ensemble constituent la nature de l’univers. Car celui ou ceux de ces corps qu’on regarde comme étant le sujet des choses, on le présente comme faisant l’essence de tout, tandis que le reste ne serait, à leur égard, qu’affections, habitudes et dispositions. Et chacun d’eux serait éternel, car il n’y aurait point de changement pour le faire sortir de sa manière d’être, tandis que tout le reste subirait à l’infini la génération et la corruption. »

 

Évident, non ?

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 07:00

Louis de Rouvroy duc de Saint-Simon.jpg

 

À la source...

 

Quel hiver ! Relire pour relier en cohérence :

 

« Le duc du Maine et le comte de Toulouse, au sortir du cabinet du conseil, descendirent dans l’appartement du duc du Maine, où ils s’enfermèrent avec leurs plus confidents. Ils les surent si bien choisir, que nul n’a su ce qu’il s’y passa. On peut, je crois, sans jugement téméraire, imaginer qu’il s’y proposa bien des choses que la sagesse du comte de Toulouse empêcha moins que le peu d’ordre et de préparation de la cabale, et la prompte venue du parlement en trouble, qui ne donna pas loisir d’y faire des pratiques. Le cardinal de Polignac y fut toujours avec eux et leurs principaux amis en très petit nombre. Je n’ai jamais compris comment ils ne tentèrent pas de se trouver au lit de justice, pour y parler et y faire tous leurs efforts. La faiblesse qu’ils connoissoient si bien dans le régent, surtout en face, les y devoit convier puissamment ; mais la peur extrême, qui fut visible dans le duc du Maine, ne lui permit pas sans doute d’y penser, encore moins de se hasarder à rien. Il avoit vu le régent si libre dans sa taille, qu’il ne douta jamais qu’il ne fût bien préparé à tout ; et moins un grand coup, et si secrètement préparé étoit de son génie, plus il redouta tout ce qu’il en ignoroit. Quoi qu’il en soit, le comte de Toulouse n’en sortit pour aller chez lui qu’après cinq heures du soir, où il fit contenance de vouloir s’en aller à la suite de son frère. Ils n’avoient rien su de précis qu’après le lit de justice, et ils avoient eu trois heures à raisonner ensemble depuis. »

 

The best – et en livre de poche.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 07:00

Alexandre humboldt.jpg

 

Sommet...

 

À l'université de Tübingen, c'est avec la plus grande attention que j'écoute une conférence d'Alexander von Humboldt :

 

« En essayant de développer l’ensemble des phénomènes physiques du globe et l’action simultanée des forces qui animent les espaces célestes, j’éprouve deux appréhensions différentes. D’un côté, la matière que je traite est si vaste et si variée, que je crains d’aborder le sujet d’une manière encyclopédique et superficielle ; de l’autre, je dois éviter de fatiguer l’esprit par des aphorismes qui n’offriraient que des généralités sous des formes arides et dogmatiques. L’aridité naît souvent de la concision, tandis qu’une trop grande multiplicité d’objets qu’on veut embrasser à la fois conduit à un manque de clarté et de précision dans l’enchaînement des idées. La nature est le règne de la liberté, et, pour peindre vivement les conceptions et les jouissances que fait naître la contemplation de son ensemble, il faudrait que la pensée pût revêtir librement aussi ces formes et cette élévation du langage qui sont dignes de la grandeur et de la majesté de la création.

Si l’on ne considère pas l’étude des phénomènes physiques dans ses rapports avec les besoins matériels de la vie, mais dans son influence générale sur les progrès intellectuels de l’humanité, on trouve, comme résultat le plus élevé et le plus important de cette investigation, la connaissance de la connexité des forces de la nature, le sentiment intime de leur dépendance mutuelle. C’est l’intuition de ces rapports qui agrandit les vues et ennoblit nos jouissances. Cet agrandissement des vues est l’œuvre de l’observation, de la méditation et de l’esprit du temps, dans lequel se concentrent toutes les directions de la pensée. L’histoire révèle à quiconque sait pénétrer à travers les couches des siècles antérieurs aux racines profondes de nos connaissances, comment, depuis des milliers d’années, le genre humain a travaillé à saisir, dans des mutations sans cesse renaissantes, l’invariabilité des lois de la nature, et à conquérir progressivement une grande partie du monde physique par la force de l’intelligence. Interroger les annales de l’histoire, c’est poursuivre cette trace mystérieuse par laquelle la même image du Cosmos, qui s’est révélée primitivement au sens intérieur comme un vague pressentiment de l’harmonie et de l’ordre dans l’univers, s’offre aujourd’hui à l’esprit comme le fruit de longues et sérieuses observations. »

 

Ne vous avais-je pas dit que construire la machine à remonter le temps était facile comme bonjour ?

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 07:00

File:Zo portrait.jpg

 

Toujours les sacrées coïncidences...

 

 

La télévision franco-centrée rediffuse ce film d'autrefois, La Traversée de Paris.

 

À nouveau, je m'y replonge avec plaisir. Le tandem Gabin-Bourvil fonctionne à merveille.

 

La scène chez le cabaretier vilain, bien sûr, et la réplique d'anthologie lancée dans ces circonstances par le peintre Grandgil. Du culot ? Du courage !

 

Ça me revient : Béatrice Arnac qui joue le rôle d'une prostituée n'est autre que la petite-fille de l'anarchiste haut en couleur Alphonse Gallaud de la Pérouse, autrement dit Zo d'Axa, lui-même descendant de l'illustre navigateur.

 

Après la projection, je fonce au milieu des livres. Je savais bien que j'allais mettre la main sur quelque chose.

 

Et voilà :

 

« On vous trompe. On vous dit que la dernière Chambre composée d’imbéciles et de filous ne représentait pas la majorité des électeurs. C’est faux.

Une chambre composée de députés jocrisses et de députés truqueurs représente, au contraire, à merveille les Électeurs que vous êtes. Ne protestez pas : une nation a les délégués qu’elle mérite.

Pourquoi les avez-vous nommés ?

Vous ne vous gênez pas, entre vous, pour convenir que plus ça change et plus c’est la même chose, que vos élus se moquent de vous et ne songent qu’à leurs intérêts, à la gloriole ou à l’argent.

Pourquoi les renommerez-vous demain ?

Vous savez très bien que tout un lot de ceux que vous enverrez siéger vendront leurs voix contre un chèque et feront le commerce des emplois, fonctions et bureaux de tabac.

Mais pour qui les bureaux de tabac, les places, les sinécures si ce n’est pour les Comités d’électeurs que l’on paye ainsi ?

Les entraîneurs des Comités sont moins naïfs que le troupeau.

La Chambre représente l’ensemble.

Il faut des sots et des roublards, il faut un parlement de ganaches et de Robert Macaires pour personnifier à la fois tous les votards professionnels et les prolétaires déprimés. »

 

Et le reste à l'avenant.

 

Jadis, on criait « Salauds de riches ! »

 

« Salauds de pauvres » ? Plus possible aujourd'hui au règne de la misère tous azimuts qu'adoube le conformisme usuel.

 

 

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 07:00

Hiroshige A shrine among trees on a moor.jpg

 

Un chemin qui mène quelque part ?

 

Trois heures du matin. L'an neuf dans l'atelier.

 

Sur la grande table de bois dense, L'Empire des signes et ce texte qu'un ami vient de m'envoyer.

 

Le début :

 

« Le Japon, qui s’isolait complètement au milieu de l’océan Pacifique, était contraint d’ouvrir ses portes, il y a soixante ans, par l’arrivée de navires de guerres américains. La civilisation occidentale introduite de cette façon n’était que la civilisation anglo-américaine. « Philosophie occidentale » signifiait alors pour nous « philosophie en langue anglaise ». L’utilitarisme de Stuart Mill et de Spencer est la première philosophie que nous ayons connue. Heureusement l’esprit japonais n’était pas fait pour accepter pleinement ce genre de pensée. Nous nous sommes détournés de lui sans y avoir trouvé aucune satisfaction. Aussi quand beaucoup plus tard ce même utilitarisme, déguisé sous le nom de « pragmatisme », a tenté de s’introduire chez nous, nous avons su lui fermer poliment nos portes. »

 

Côte à côte (avec l'accent !). Dos à dos ?

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 07:00

Schnee1.jpg

 

Une blancheur extrême...

 

 

Chalet sur les hauteurs de Lucerne. Du cristal partout.

 

La radio diffuse Sleigh Ride, cette entraînante pièce intemporelle menée grelot battant par Leroy Anderson.

 

Du coup, je vais mettre le nez dehors.

 

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 07:00

Joseph Conrad, Fotografie von George Charles Beresford, 1904.jpg

 

Un frère de la côte...

 

Sur une des poutres de l'atelier, cet autre portrait élégant.

 

Suivi autrefois sa trace en Armorique.

 

De la bibliothèque mondiale, ce fluide pour l'hiver qui s'enclenche :

 

« Cette année-là, je passai les deux plus beaux mois de la saison sèche sur l’un des domaines, – sur le principal domaine, devrais-je dire –, d’une célèbre société de fabrication d’extrait de viande.

B. 0. S. BOS. Yous avez lu les trois lettres magiques sur les pages de réclame des journaux et des revues, à la devanture des marchands de comestibles et dans les calendriers de l’année à venir que la poste vous apporte au mois de novembre. Vous avez lu ces brochures rédigées en plusieurs langues, en un style d’un pâle enthousiasme, et dont les statistiques de massacre et de sang ont de quoi faire pâlir un Turc. La partie « artistique », destinée à illustrer cette « littérature », représente, en couleurs brutales et luisantes, un énorme taureau noir qui piétine furieusement un serpent jaune convulsé d’agonie dans une herbe vert émeraude : le tout se détache sur un ciel de cobalt. C’est atroce et allégorique. Le serpent représente la maladie, la faiblesse, peut-être simplement la faim, cette maladie chronique de la plus grande partie de l’humanité. Naturellement, tout le monde connaît la B. 0. S. Co Ltd, avec ses produits sans rivaux. Vinibos, Jellybos, et la suprême, l’inégalable perfection, le Tribos, dont les vertus nutritives, non contentes de se présenter sous un haut degré de concentration, se targuent d’une digestion à demi achevée déjà. Tel est apparemment l’amour que la Compagnie Limited porte à ses contemporains, amour pareil à celui des père et mère pingouins pour leurs rejetons affamés. Évidemment, il faut bien employer de façon convenable les capitaux d’un pays, et je n’ai rien à dire contre la Compagnie. Mais, étant moi-même animé de sentiments affectifs pour mes frères en humanité, je suis attristé par les excès de la réclame moderne. Malgré tout ce qu’elle peut attester d’énergie, d’ingéniosité, de trouvailles et d’impudence chez certains individus, elle trahit surtout, à mon sens, la triste prédominance de cette forme de dégradation mentale qui s’appelle crédulité. »

 

Harpon dans la nuit...

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 09:33

1895 Dictionary - Castle.png

 

Signes sauvages...

 

 

J'ai toujours aimé les dictionnaires et les encyclopédies.

 

D'ailleurs, depuis des années, je reconstruis l'Encyclopédie à ma façon.

 

De passage à Londres, Charing Cross Road, je tombe sur cette déclaration du cher Émile :

 

 

« Rien ne m’avait préparé particulièrement à une entreprise de ce genre… Rien ? Et les travaux consignés dans le présent volume et ceux, plus considérables, que contient l’Histoire de la langue française ? Sans doute ; mais cela qui me qualifia amplement lors des transformations de mon premier et vague projet, y est postérieur ; et je répète en toute vérité rien ne m’avait préparé à une entreprise de ce genre. J’avais dépassé quarante ans ; la médecine grecque m’occupait entièrement, sauf quelques excursions littéraires qu’accueillaient des journaux quotidiens et des revues. Je donnais chez M. J.-B. Baillière une édition d’Hippocrate, texte grec avec la collation de tous les manuscrits que je pus me procurer, notes et commentaires ; édition dont le premier volume me valut le suffrage de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et dont le dixième et dernier ne parut qu’en l’année 1860. C’était bien assez de besogne. La Fontaine dit de son homme déjà pourvu d’un gibier suffisant :

 

Tout modeste chasseur en eût été content.

 

Son chasseur n’était pas modeste, et le fabuliste ajoute aussitôt :

 

Mais quoi ! rien ne remplit
Les vastes appétits d’un faiseur de conquêtes.

 

Entendons-nous pourtant sur mes vastes appétits. Je suis de ces esprits inquiets ou charmés qui voudraient parcourir les champs divers du savoir et obtenir, suivant la belle expression de Molière, des clartés de tout... »

 

Les champs sensibles et multiformes du savoir...

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 07:00

'A Scene from the Tempest, Prospero and Ariel' by Joseph Severn.jpg

 

Le bruit du temps...

 

Tandis que la tempête fait rage dehors, je me cale bien au chaud dans un pub fumant :

 

« Vous êtes trois hommes de crime. La destinée qui régit ce bas monde et tout ce qu’il enserre a voulu que la mer insatiable vous rejetât de son sein dans cette île inhabitée ; car vous êtes indignes de vivre au milieu des hommes. {Alonzo, Sébastien et tous les autres tirent leurs épées.) Vous voilà maintenant en fureur ; mais que me fait toute cette vaillance ? c’est le courage des gens qui se pendent ou se noient. Insensés ! mes compagnons et moi nous sommes les ministres du Destin ; l’acier dont vos glaives sont forgés ne saurait entamer une seule de mes plumes ; c’est comme s’ils frappaient les vents qui mugissent ou l’onde qui se referme sous leurs coups ; mes compagnons sont pareillement invulnérables : lors même qu’ils pourraient nous blesser, vos glaives sont maintenant trop pesants pour votre faiblesse, et vous n’avez pas la force de les soulever. Mais rappelez-vous, car c’est le motif qui m’amène, que vous trois, vous avez dépouillé le vertueux Prospéro de son duché de Milan ; que vous l’avez exposé, lui et sa fille innocente, à la merci de l’Océan, qui vous l’a bien rendu. Pour punir ce forfait, l’éternelle puissance, ajournant sa vengeance, mais ne l’oubliant pas, a soulevé contre vous et la mer et la terre et toutes les créatures. Toi, Alonzo, elle t’a privé de ton fils ; elle t’annonce par ma voix que des malheurs persévérants, plus terribles qu’une mort immédiate, s’attacheront à toi et à tes actes ; sa fureur, dans cette île désolée, ne saurait manquer de t’atteindre, et tu ne peux la conjurer que par un cœur contrit et une vie irréprochable. »

 

Si William l'écrit, c'est que ça doit être vrai...

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 07:00

Elisee-reclus2.jpg

 

Dans l'ouvert...

 

Trois jours sur l'île de Man. Les eaux grises et mon songe.

 

J'ouvre le livre :

 

« Les traits de la surface planétaire indiquent l’effet des actions cosmiques auxquelles le globe a été soumis pendant la série des temps.

Les continents et les îles qui surgirent des profondeurs de la mer et l’Océan lui-même, avec ses golfes, les lacs et les fleuves, toutes les individualités géographiques de la Terre en leur variété infinie de nature, de phénomènes et d’aspect portent les marques du travail incessant des forces toujours à l’œuvre pour les modifier. À son tour, chacune de ces formes terrestres est devenue, dès son apparition, et continue d’être, dans tout le cours de son existence, la cause secondaire des changements qui se produisent dans la vie des êtres nés de la Terre. Une histoire, infinie par la suite des vicissitudes, s’est ainsi déroulée d’âge en âge sous l’influence des deux milieux, céleste et terrestre, pour tous les groupes d’organismes, végétaux et animaux, que font germer la mer et le sol nourricier. Quand l’homme naquit, après le cycle immense d’autres espèces, son développement se trouvait déjà projeté dans l’avenir par la forme et le relief des contrées dans lesquelles ses ancêtres animaux avaient vécu.

Vue de haut, dans ses rapports avec l’Homme, la Géographie n’est autre chose que l’Histoire dans l’espace, de même que l’Histoire est la Géographie dans le temps. Herder, parlant de la physiologie, ne nous a-t-il pas déjà dit qu’elle est l’anatomie agissante ? Ne peut-on dire également que l’Homme est la Nature prenant conscience d’elle-même ? »

 

Sur le parapet, un folâtre fou de Bassan.

 

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