22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 06:00

 

 

Nous cherchons partout l'absolu, mais nous ne trouvons que des choses...

 

 

Zone géographique des Laurentides. Lac des Écorces. Parc des Deux-Montagnes. Mirabel Equivalent Territory.

 

Il se passe beaucoup de choses.

 

L'absolu dans le détail. Et quelquefois dans le général.

 

Bivouac à trois.

 

Constellations.

 

L'heure et le lieu. J'inverse la citation de Novalis :

 

« Qui, donc, doué de vie et d’intelligence, ne préfère, parmi tous les phénomènes de l’immense espace qui l’entoure, la toute éjouissante lumière, avec ses rayons et ses ondes, ses couleurs et sa douce omniprésence dans le jour ? Comme de la vie l’âme la plus intime, la respire le monde immensurable des astres infatigués, qui se baignent dans son océan d’azur; ici respirent l’étincelante pierre et la coite plante et, des animaux, l’énergie toujours mouvante et multiforme; là respirent les nuages diaprés et les brises, mais, plus qu’eux tous, les divins étrangers aux yeux pleins de pensée, à la démarche légère, à la bouche mélodieuse. Reine de la nature d’ici-bas, elle appelle chaque force à d’innombrables transformations et, par sa seule présence, révèle la prodigieuse splendeur de l’empire terrestre. »

 

Oui, beautés immédiates.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 06:00

 

 

The best...

 

 

L'autre jour à Shanghai dans le vieux district de la mission française.

 

Chaleur extrême. Un banc à l'ombre d'un arbre aux feuilles d'or. Une petite fille m'apporte une tasse de thé vert.

 

Ne pas bouger. Ne rien faire. Simplement être là.

 

Je lis :

 

« Sous le ciel y a-t-il, oui ou non, un état de contentement parfait ? Y a-t-il, oui ou non, un moyen de faire durer la vie du corps ? Pour arriver à cela, que faire, que ne pas faire ? De quoi faut-il user, de quoi faut-il s’abstenir ? — Le vulgaire cherche son contentement dans les richesses, les dignités, la longévité et l’estime d’autrui ; dans le repos, la bonne chère, les bons vêtements, la beauté, la musique, et le reste. Il redoute la pauvreté, l’obscurité, l’abréviation de la vie et la mésestime d’autrui ; la privation de repos, de bons aliments, de bons vêtements, de beaux spectacles et de beaux sons. S’il n’obtient pas ces choses, il s’attriste et s’afflige. ... N’est il pas insensé de rapporter ainsi tout au corps ? Certains de ces objets sont même extérieurs et étrangers au corps ; comme les richesses accumulées au delà de l’usage possible, les dignités et l’estime d’autrui. Et pourtant, pour ces choses, le vulgaire épuise ses forces, et se torture jour et nuit. Vraiment les soucis naissent avec l’homme, et le suivent durant toute sa vie ; jusque dans l’hébétement de la vieillesse, la peur de la mort ne le quitte pas. Seuls les officiers militaires ne craignent pas la mort, et sont estimés du vulgaire pour cela ; à tort ou à raison, je ne sais ; car, si leur bravoure les prive de la vie, elle préserve la vie de leurs concitoyens ; il y a du pour et du contre. Les officiers civils qui  s’attirent la mort par leurs censures impertinentes sont au contraire blâmés par le vulgaire ; à tort ou à raison, je ne sais ; car, si leur franchise les prive de la vie, elle leur assure la gloire ; il y a du pour et du contre. Pour ce qui est du vulgaire lui-même, j’avoue que je ne comprends pas comment on peut tirer du contentement de ce qui le contente ; le fait est que ces objets le contentent lui, et ne me contentent pas moi. Pour moi, le bonheur consiste dans l’inaction, tandis que le vulgaire se démène. Je tiens pour vrai l’adage qui dit : le contentement suprême, c’est de n’avoir rien qui contente ; la gloire suprême, c’est de n’être pas glorifié. Tout acte posé est discuté, et sera qualifié bon par les uns, mauvais par les autres. Seul, ce qui n’a pas été fait ne peut pas être critiqué. L’inaction, voilà le contentement suprême, voilà qui fait durer la vie du corps. Permettez-moi d’appuyer mon assertion par un illustre exemple. Le ciel doit au non-agir sa limpidité, la terre doit au non-agir sa stabilité ; conjointement, ces deux non-agir, le céleste et le terrestre, produisent tous les êtres. Le ciel et la terre, dit l’adage, font tout en ne faisant rien. Où est l’homme qui arrivera à ne rien faire ? ! Cet homme sera lui aussi capable de tout faire. »

 

Et maintenant ?

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 06:00

 

 

Ce silence assourdissant qui complexifie encore les choses...

 

 

L'amie me prête sa maison au bord du lac.

 

Le matin, les oiseaux pour compagnons.

 

Bibliothèque. Couverture rouge. Sinuosité de la lecture :

 

 

« Le 20, Lenz traversa la montagne. Les sommets et les hauts plateaux étaient sous la neige ; dans les vallées, en bas, des pierres grises, des plaines vertes, des rochers et des sapins. Il faisait un froid humide ; l’eau ruisselait le long des rochers et jaillissait sur le chemin. Les branches des sapins pendaient lourdement dans l’air moite. Au ciel couraient des nuages gris, le tout fort épais ; puis le brouillard s’élevait en fumant et pénétrait peu à peu à travers les buissons, paresseusement, pesamment. Lenz avançait avec indifférence, sans souci de la route, tantôt montant, tantôt descendant. Il n’éprouvait aucune fatigue ; il lui était seulement parfois désagréable de ne pouvoir marcher sur la tête. Au commencement il se sentait la poitrine oppressée, quand il entendait les pierres se détacher autour de lui en bondissant, la forêt grise secouer sa chevelure, et que le  brouillard tantôt dévorait les formes, tantôt les revêtait de membres gigantesques ; il était fort agité, il cherchait quelque chose, comme des rêves perdus, mais il ne trouvait rien. Tout lui semblait si petit, si rapproché de lui, qu’il aurait pu mettre la terre dans un coin ; il ne comprenait pas qu’il lui fallût aussi longtemps pour arriver au bas d’une pente, pour atteindre un point éloigné ; il s’imaginait pouvoir tout mesurer en deux pas. Parfois seulement, quand la tempête lançait les nuages dans les vallées et que ceux-ci tourbillonnaient en fumant au-dessus de la forêt ; quand les voix s’éveillaient sur les rochers, tantôt comme des tonnerres expirant au loin, tantôt bruissant violemment, en notes qui, dans leur joie sauvage, semblaient vouloir célébrer la terre ; quand les nuages s’élançaient comme des chevaux indomptés qui hennissent, que le soleil les pénétrait de ses rayons et que son glaive étincelant, imprimé sur les plaines neigeuses, découpait le sommet des vallées en tranches de lumière claire et aveuglante ; ou bien, lorsque l’orage repoussait la nuée en y creusant un lac bleu, que le vent mourait et arrivait en bourdonnant des ravins profonds, des sommets des sapins, comme un chant de nourrice ou un carillon de cloches ; lorsque au ciel bleu apparaissait une légère rougeur, que de petits nuages filaient sur des ailes d’argent, et que les cimes des montagnes, aiguës et nettes, brillaient et flamboyaient   à une grande distance, —alors sa poitrine se déchirait, il s’arrêtait, haletant, le corps courbé en avant, les yeux et la bouche grands ouverts, comme s’il voulait aspirer en lui et absorber la tempête; il s’étendait et se couchait sur la terre, il se plongeait.au sein de l’univers, éprouvant une joie qui le faisait souffrir; ou bien il se tenait tranquille, reposant sa tête sur la mousse et fermant à demi les yeux. Alors tout s’éloignait de lui, la terre cédait sous son corps, elle devenait petite comme une étoile en marche et se plongeait dans un fleuve mugissant dont les flots limpides coulaient à ses pieds. »

 

Que lui est-il vraiment arrivé ?

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 06:00

 

 

Tour d'horizon.

 

 

Europe, Europe, Europe.

 

Il est très chaleureux, ce restaurant libanais, au hasard des rues vers l'ancien quartier du port de Hambourg.

 

Quelques connaissances grecques après le symposium – des intellectuels dans leur pays.

 

Je propose que nous débouchions d'abord, avant toute chose, la longiligne bouteille de vin rouge, du vin en provenance sécurisée des caves de Ksara.

 

Je dis :

 

– Remontons à la source, enfin, une des sources parmi les meilleures.

– Ce n'est pas trop ancien ?

– Tu veux plaisanter. Mais qu'est-ce qui est lointain sur le plan de la vraie culture ?

 

L'un des amis du cercle que nous formions venait de me voir brandir un exemplaire des fragments d'Héraclite.

 

Comme quoi...

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 07:00

 

 

Aller plus loin...

 

 

Iona aux confins du monde.

 

Un battement d'aile et du bleu partout.

 

Solitude peuplée du souvenir.

 

J'ouvre le livre romantique :

 

« Iona ne mesure pas plus de trois milles de long sur un mille de large, et compte à peine cinq cents habitants. Le duc d’Argyle, à qui elle appartient, n’en retire qu’un revenu de quelques centaines de livres. Là, point de ville proprement dite, ni même de bourgade, ni même de village. Quelques maisons éparses, pour la plupart simples masures, pittoresques si l’on veut, mais rudimentaires, presque toutes sans fenêtres, éclairées seulement par la porte, sans cheminée, avec un trou dans le toit, n’ayant que des murs de paillis et de galets, des chaumes de roseaux et de bruyères, reliés par de gros filaments de varech.  

Qui pourrait croire, cependant, que Iona a été le berceau de la religion des Druides, aux premiers temps de l’histoire Scandinave ? Qui s’imaginerait qu’après eux, au sixième siècle, saint Columban, — l’Irlandais dont elle porte aussi le nom, — y fonda, pour enseigner la nouvelle religion du Christ, le premier monastère de toute l’Écosse, et que des moines de Cluny vinrent l’habiter jusqu’à la Réforme ! Où chercher maintenant les vastes bâtiments, qui furent comme le séminaire des évoques et des grands abbés du Royaume-Uni ? Où retrouver, au milieu des débris, la bibliothèque, riche en archives du passé, en manuscrits relatifs à l’histoire romaine, et dans laquelle venaient utilement puiser les érudits de l’époque ? Non ! à l’heure présente, rien que des ruines, là où la civilisation, qui devait si profondément modifier le nord de l’Europe, avait pris naissance. De la Sainte-Columba d’autrefois, il ne reste que la Iona actuelle, avec quelques rudes paysans, qui arrachent péniblement à sa terre sablonneuse une médiocre récolte d’orge, de pommes de terre et de blé, avec les rares pêcheurs, dont les chaloupes vivent des eaux poissonneuses des petites Hébrides ! »

 

Le calme après la tempête.

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 07:00

 

 

Lisons la nature...

 

 

Aix-en Provence.

 

À la table ronde d'un troquet abrité des regards, longue conversation avec HG de passage sur les coursives de son enfance.

 

Nous croquons chacun une pomme et j'allume ma pipe en bois de bruyère trouvée chez un buraliste d'Aberdeen. Le tabac ? Du Balkan Sobranie. Exclusif. Et seulement à Genève.

 

Dans mon sac, des extraits du Journal de Paul Cézanne. Je lui fais la lecture :

 

« Lire la nature, c’est la voir sous le voile de l’interprétation par taches colorées se succédant selon une loi d’harmonie. Ces grandes teintes s’analysent ainsi par les modulations. Peindre c’est enregistrer ses sensations colorées.

Il n’y a pas de ligne, il n’y a pas de modelé, il n’y a que des contrastes. Ces contrastes, ce ne sont pas le noir et le blanc qui les donnent, c’est la sensation colorée. Du rapport exact des tons résulte le modelé. Quand ils sont harmonieusement juxtaposés et qu’ils y sont tous, le tableau se modèle tout seul.

On ne devrait pas dire modeler, on devrait dire moduler. »

 

Et quand pense-t-il, le clavier musical, de la fameuse modulation ?

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 07:00

 

 

Qu'est-ce qu'on rigole !

 

 

La gare, les gares.

 

À Nantes où je vais donner une de ces conférences dont j'ai le secret, des badauds, grâce à une sono ambulante, s'improvisent danseurs de rue au rythme plus qu'entraînant du tube-happening désormais planétaire mis en scène par l'auteur-compositeur américain Pharrell Williams, Happy.

 

La joie – communicative – de l'ensemble contraste singulièrement avec les manchettes journalistiques pré-pascales qui, toutes, tirent une tronche de six pieds de long.

 

Shakespeare à l'ordre du jour. Je sais que tout à l'heure dans l'auditorium, après un ballon de muscadet, je vais ouvrir une vaste parenthèse. Je parlerai un peu d'Éphèse et beaucoup du magister William.

 

Allons gaiement : « Petite chère et grand accueil font joyeux festin ! »

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 07:00

File:Can't please everyone2.jpg

 

 

Oikonomía, l'administration de la maison...

 

Des mesures économiques, ça ne manque pas.

 

Les périodiques au kiosque de l'avenue : confusion, retournement, conjuration.

 

Dans l'hémicycle, celui-ci ou un autre, rien de fondamental.

 

Démagogie aidant, on ne prend pas les mesures adéquates et quand on en prend, au mieux, pour ainsi dire, c'est la fable bien connue que me glisse à l'oreille le vieil Ésope :

 

« Il courut autrefois le bruit qu’une montagne devait enfanter. En effet, elle poussait des cris épouvantables, qui semblaient menacer le monde de quelque grand prodige. Tout le peuple étonné de ce bruit, se rendit en foule au pied de la montagne, pour voir à quoi aboutirait tout ce fracas. On se préparait déjà à voir sortir un monstre horrible des entrailles de la montagne ; mais après avoir longtemps attendu avec une grande impatience, on vit enfin sortir un rat de son sein. Ce spectacle excita la risée de tous les assistants ».

 

Il faut s'attendre à tout, et même au contraire de tout. Rarement à l'essentiel.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 07:00

 

 

Au plus fort du courant...

 

 

Sein au bout des terres.

 

Une vigueur comme jamais.

 

Je m'y sens bien.

 

Il me fallait revenir. Sur le quai de la gare à Montparnasse, des Bretons, oriflammes dehors, se sont pris à entonner ce chant qui fit trembler la cage de béton :

 

« Le renard barbu glapit, glapit, glapit an bois ; malheur aux lapins étrangers ! Ses yeux sont deux lames tranchantes !

Tranchantes sont ses dents, et rapides ses pieds, et ses ongles rougis de sang ; Alain-le-Renard glapit, glapit, glapit : guerre ! guerre !

J’ai vu les Bretons aiguiser leurs armes terribles, non sur la pierre de Bretagne, mais sur la cuirasse des Gaulois.

J’ai vu les Bretons moissonner sur le champ de bataille, non pas avec des faucilles ébréchées, mais avec des épées d’acier ;

Non pas le froment du pays, non pas notre seigle, mais les épis sans barbe du pays des Saxons, et les épis sans barbe du pays des Gaulois.

J’ai vu les Bretons battre le blé dans l’aire foulée, j’ai vu voler la balle arrachée aux épis sans barbe.

Et ce n’est point avec des fléaux de bois que battent les Bretons, mais avec des épieux ferrés et avec les pieds des chevaux.

J’ai entendu un cri de joie, le cri de joie qu’on pousse quand la battue s’achève, retentir depuis le Mont-Saint-Michel jusqu’aux vallées d’Elorn,

Depuis l’abbaye de Saint-Gildas, jusqu’au cap où finit la terre ; qu’aux quatre coins de la Bretagne le renard soit glorifié !

Qu’il soit mille fois glorifié, le renard, d’âge en âge ! qu’on garde la mémoire du chant, mais que l’on plaigne le chanteur !

Celui qui a chanté ce chant pour la première fois n’a jamais chanté depuis ; hélas! le malheureux ! les Gaulois lui ont coupé la langue. Mais, s’il n’a plus de langue , il a toujours un cœur ! un cœur, et une main pour décocher la flèche de la mélodie ».

 

L'art vocal a-t-il pour seule vocation d'adoucir les mœurs ?

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 07:00

File:Dijon - Jardin de l'Arquebuse - 09.JPG

 

 

La poudre du temps...

 

 

Une conférence à Dijon et une promenade au jardin botanique.

 

Temple de l'amour, collections de l'arboretum, roseraies en sommeil. Et quelques cygnes encore sauvages.

 

De retour dans la bibliothèque, je mène mon enquête au fil de l'encyclopédie.

 

Vous avez l'embarras du choix : escopette, couleuvrine, mousquets... En pleine page, lithographie des fameux arquebusiers du roi.

 

Progrès : il paraît qu'aujourd'hui les hommes en viennent à se battre simplement à mains nues...

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