13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 06:00

 

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Un peu de lecture, lorsque l'automne s'annonce :

 

« Le 20, Lenz traversa la montagne. Les sommets et les hauts plateaux étaient sous la neige ; dans les vallées, en bas, des pierres grises, des plaines vertes, des rochers et des sapins. Il faisait un froid humide ; l’eau ruisselait le long des rochers et jaillissait sur le chemin. Les branches des sapins pendaient lourdement dans l’air moite. Au ciel couraient des nuages gris, le tout fort épais ; puis le brouillard s’élevait en fumant et pénétrait peu à peu à travers les buissons, paresseusement, pesamment. Lenz avançait avec indifférence, sans souci de la route, tantôt montant, tantôt descendant. Il n’éprouvait aucune fatigue ; il lui était seulement parfois désagréable de ne pouvoir marcher sur la tête. Au commencement il se sentait la poitrine oppressée, quand il entendait les pierres se détacher autour de lui en bondissant, la forêt grise secouer sa chevelure, et que le  brouillard tantôt dévorait les formes, tantôt les revêtait de membres gigantesques ; il était fort agité, il cherchait quelque chose, comme des rêves perdus, mais il ne trouvait rien. Tout lui semblait si petit, si rapproché de lui, qu’il aurait pu mettre la terre dans un coin ; il ne comprenait pas qu’il lui fallût aussi longtemps pour arriver au bas d’une pente, pour atteindre un point éloigné ; il s’imaginait pouvoir tout mesurer en deux pas.

 

Parfois seulement, quand la tempête lançait les nuages dans les vallées et que ceux-ci tourbillonnaient en fumant au-dessus de la forêt ; quand les voix s’éveillaient sur les rochers, tantôt comme des tonnerres expirant au loin, tantôt bruissant violemment, en notes qui, dans leur joie sauvage, semblaient vouloir célébrer la terre ; quand les nuages s’élançaient comme des chevaux indomptés qui hennissent, que le soleil les pénétrait de ses rayons et que son glaive étincelant, imprimé sur les plaines neigeuses, découpait le sommet des vallées en tranches de lumière claire et aveuglante ; ou bien, lorsque l’orage repoussait la nuée en y creusant un lac bleu, que le vent mourait et arrivait en bourdonnant des ravins profonds, des sommets des sapins, comme un chant de nourrice ou un carillon de cloches ; lorsque au ciel bleu apparaissait une légère rougeur, que de petits nuages filaient sur des ailes d’argent, et que les cimes des montagnes, aiguës et nettes, brillaient et flamboyaient   à une grande distance, alors sa poitrine se déchirait, il s’arrêtait, haletant, le corps courbé en avant, les yeux et la bouche grands ouverts, comme s’il voulait aspirer en lui et absorber la tempête; il s’étendait et se couchait sur la terre, il se plongeait.au sein de l’univers, éprouvant une joie qui le faisait souffrir; ou bien il se tenait tranquille, reposant sa tête sur la mousse et fermant à demi les yeux. Alors tout s’éloignait de lui, la terre cédait sous son corps, elle devenait petite comme une étoile en marche et se plongeait dans un fleuve mugissant dont les flots limpides coulaient à ses pieds.

 

Mais cela ne durait qu’un instant. Il se relevait bientôt, dégrisé, ferme et calme, comme si un spectacle fantasmagorique avait tout simplement passé devant ses yeux ; il ne se souvenait plus de rien. Vers le soir il arriva au sommet de la montagne, sur le plateau neigeux par lequel on regagne la plaine du côté de l’ouest ; il s’y assit. A cette heure la nature s’était rassérénée; les nuages reposaient immobiles dans le ciel ; aussi loin que s’étendait le regard, rien que des sommets d’où partaient de larges plaines. Tout était tranquille, gris, crépusculaire. »

 

C'est exactement ce que j'ai sous les yeux...

6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 06:00

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À l'hôtel, je pioche dans la bibliothèque du bon secours qui enveloppe la cheminée fumante et en tire l'extrait suivant qui me laisse rêveur :

 

« On sait à quel point ce que les savants appelaient « la grande marée du siècle » avait surexcité l’imagination des Parisiens. Nous aurions mauvaise grâce à railler, après coup, un mouvement bien naturel de curiosité. Ces magnifiques spectacles valent la peine qu’on se déplace. — Une représentation de l’Océan ! Quel drame peut soutenir la comparaison avec cette solennité ? Seulement, quoique nous ayons cédé à l’entraînement général, notre attente n’a pas été déçue, parce que nous n’avions pas compliqué le programme d’une tempête. Un certain nombre de traversées assez longues, des séjours dans des ports de mer, nous ont appris qu’une marée n’est pas un ouragan, mais bien un phénomène régulier s’accomplissant à l’heure prévue, avec  une précision presque chronométrique, et nous pensions d’avance qu’un niveau plus élevé de quelques centimètres que celui de la veille ne pouvait pas produire de ces cataclysmes à la Martynn, qu’on semblait exiger. Sur divers points du littoral, peu s’en est fallu que l’Océan ne fût sifflé comme un acteur qui oublie son rôle, et que le public désillusionné ne redemandât son argent !

 

En cas que les grandes eaux ne jouassent pas correctement, nous avions choisi un site capable de nous dédommager par sa beauté intrinsèque. Dans l’espace d’une nuit, le chemin de fer nous jeta à Rennes, où une diligence nous reprit et nous transporta à Pontorson. Une carriole nous fit franchir le reste de la route, et nous pûmes apercevoir, au bout du Couesnon canalisé, que longeait notre voiture, la pittoresque silhouette du mont Saint-Michel. »

 

Il convient de remarquer la grammaire temporelle...

30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 06:00

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Matin de Paimpol sous le crachin frais.

 

À la radio, un air d'autrefois :

 

« Grand ouvert est mon domicile,
Nul de vous ne doit l'ignorer,
Qu'on se le dise par la ville :
Quiconque peut y pénétrer.
Artisan de la pensée,
Si tu sens dans la poussée
Ta liberté menacée :
Viens chez moi !
Déserteur de la patrie,
Adversaire des tueries,
Si demain tu t'expatries :
Viens chez moi !
Avorteur, toi dont la science
Homicide par prudence,
  À tes heures de malchance :
Viens chez moi !
Justicier des nobles causes
Qui t'insurges, t'armes, oses,
Puisqu'à la mort tu t'exposes :
Viens chez moi !
Etranger que l'on pourchasse,
Peu m'importe à moi ta race,
Dès que tu crains la menace :
Viens chez moi !
  À toute loi je suis hostile,
Anarchiste invétéré,
Je pratique le droit d'asile
Et pour moi, ce droit est sacré. »

 

 

Ils ont la tête dure, pas de doute...

22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 22:00

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Je poursuis mon voyage breton.

 

Chez un bouquiniste, je tombe sur un bréviaire historique et ces quelques lignes :

 

« Si nous envisageons dans son ensemble le développement de l’esprit hébreu, nous sommes frappés de ce haut caractère de perfection absolue qui donne à ses œuvres le droit d’être envisagées comme classiques, au même sens que les productions de la Grèce, de Rome et des peuples latins. Seul entre tous les peuples de l’Orient, Israël a eu le privilège d’écrire pour le monde entier. C’est certainement une admirable poésie que celle des Védas, et pourtant ce recueil des premiers chants de la race à laquelle nous appartenons ne remplacera jamais, dans l’expression de nos sentimens religieux, les Psaumes, œuvre d’une race si différente de la nôtre.

 

Les littératures de l’Orient ne peuvent, en général, être lues et appréciées que des savants ; la littérature hébraïque, au contraire, est la Bible, le livre par excellence, la lecture universelle : des millions d’hommes ne connaissent pas d’autre poésie. Il faut faire sans doute, dans cette étonnante destinée, la part des révolutions religieuses, qui, depuis le XVIe siècle surtout, ont fait envisager les livres hébreux comme la source de toute révélation ; mais on peut affirmer que si ces livres n’avaient pas renfermé quelque chose de profondément universel, ils ne fussent jamais arrivés à cette fortune. Israël eut, comme la Grèce, le don de dégager parfaitement son idée, de l’exprimer dans un cadre réduit et achevé. La proportion, la mesure, le goût, furent en Orient le privilège exclusif du peuple hébreu, et c’est par là qu’il réussit à donner à la pensée et aux sentiments une forme générale et acceptable pour tout le genre humain. »

 

Louable, mais classique, Renan lit la Bible à l'aune du christianisme...

 

Malentendus prévisibles...

16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 06:00

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Un p'tit tour sur l'île...

 

 

 

« Brusquement, la jetée franchie, l’horizon se découvre. Nous sommes dans un vaste estuaire nu, sans une île, sans un caillou, et qui rappelle à s’y méprendre l’estuaire de la Seine. C’est la même configuration de côtes : à gauche, des collines violettes qui se fondent vers Penmarch dans une brume grise, d’un gris à peine plus foncé que celui de la mer et du ciel ; à droite de hautes falaises verticales, creusées de grottes profondes. Rien ne pousse sur ces falaises qu’un peu de bruyère mêlée d’un ajonc court et dru, où se blesseraient les troupeaux. L’été, cela fait des tapis d’un rose pâle poudré d’or, qui sont délicieux à l’œil, et l’hiver leur teinte rousse et brûlée demeure belle encore. Les vraies fleurs du paysage, ce sont les clochers de granit qui pointent sur la hauteur ; il s’en lève un tous les cent mètres. Le patron me les nomme au passage : Saint-Tugen, Saint-Yves, Saint-They, Saint-Collodan, Saint-Michel, Esquibien, Goulien, Primelin, Plogoff, enfin la chapelle d’Itron-Varia-ar-Veac’h-Mad, Notre-Dame-de-Bon-Voyage, qui, du plateau de Pennearc’h, commande l’entrée du Raz…

 

Elle est bien connue des Iliens, cette chapelle de Bon-Voyage où, le jour du pardon, ils se rendent processionnellement sur leurs barques, bannières au vent, les flammes pâles de leurs petits cierges étoilant le Raz à l’infini. Effectivement le Raz est devant nous : il fait un grand sillon de l’est à l’ouest, où la mer bout, tourne et court comme dans une cuve chauffée à blanc. « Le Raz se broie », en hemzraill, disent les marins. Encore quelques embardées et nous y serons. Mais le patron glisse un ordre au mousse ; l’enfant disparaît, puis remonte sur le pont, remorquant la vieille Ilienne qui s’accroche à la rampe pour ne pas tomber. Elle s’agenouille contre la lisse, face à la chapelle de Bon-Voyage. Le patron crie impérieusement : « Bas les casquettes ! » et la bonne femme, après un signe de croix que répète l’équipage, récite l’Angélus, l’Ave Maria et le De Profundis. Les hommes font les réponses en sourdine et, quand c’est fini, la vieille Ilienne regagne sa couchette au bras du mousse. Ce n’est pas tout à fait la scène classique dont parlent les guides, avec sa prière fameuse :

 

Doue va sikourit tremen ar Raz ;

Rag ma vag zo bihan hag ar a zo braz ! 


« Seigneur, secourez-moi au passage du Raz ; car ma barque est petite et la mer est grande ! »

 

C’est quelque chose de plus simple et de tout aussi poignant… »

9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 06:00

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On va pouvoir se reposer...

 

 

Le train de la vacance de Montparnasse à la mer Celtique. Ce sont les beaux jours qui glissent comme une barque dans la lumière chaude du matin. J'ouvre le livre, un avant-goût :

 

« Si ma santé s’affermissait et que mes parents me permissent, sinon d’aller séjourner à Balbec, du moins de prendre une fois, pour faire connaissance avec l’architecture et les paysages de la Normandie ou de la Bretagne, ce train d’une heure vingt-deux dans lequel j’étais monté tant de fois en imagination, j’aurais voulu m’arrêter de préférence dans les villes les plus belles ; mais j’avais beau les comparer, comment choisir plus qu’entre des êtres individuels, qui ne sont pas interchangeables, entre Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’œuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs,  plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues : Pont-Aven, envolée blanche et rose de l’aile d’une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s’emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d’araignées d’une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d’argent bruni ? »

 

Le bel été '14...

26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 07:00

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Une tentation tentaculaire...

 

 

Vivons cachés, vivons heureux. 

Logique de la proposition. 

Esprit des choses.


Vers le British Museum

sous la neige excitante

ce matin visionnaire,

je marche dans les pas de fantômes,

satisfaisant à ma propre obsession.

Des cris de corbeaux,

  un saule pleureur aux aguets,

l'exposition mûrie en couleur.

Shunga, le plaisir explosé

sur les rives de la Sumida.

 

  Au monde flottant, je suis gâté :

  les salles turbulentes lèvent le voile,

le Japon interlope des ukiyo-e,

où s'entrelacent de frissons ludiques,

 lors d'une parenthèse culturelle inouïe,

affranchie de la moraline et des hiérarchies,

filles de joie, samouraïs, nantis,

marchands, veilleurs, mendigots,

nobles et nonnes,

exalte une nouvelle fois à mes sens

cet extravagant mixte irrésistible

de rudesse et de raffinement érotiques,

luxueux pied de nez théâtral

par le pinceau virevoltant

d'Utamaro, Hokusai & Co

au dépérissement moral ambiant.

 

Des hommes et des femmes,

parfois des femmes et des femmes,

mille ans auparavant,

Lesbos, Sappho, activiste avant la lettre,

dans toutes les postures chamarrées.

Passages, chambres, lits,

saké, éventails, glissières dérobées,

chats, chiens, volatiles,

ombrelle sur l'oreiller,

lampions, clapotis, barques légères,

bambous, flûtes, brocarts de satin rose,

masturbations exploratrices,

lutinages humoristiques,

pénétrations grotesques,

  glapissements et murmures,

le jour à la nuit ouverte.

 

Pénis et vulves, organes sexuels selon le manuel,

se surpassent dans l'énorme précision –

aucune limite, aucune fatigue,

lignes claires du charivari,

  sauvages créatures de bon aloi

qui, de tête-à-tête en têtes à queues,

mangas originaux du geste intime,

invitent, oui, au carpe diem

et me font sourire d'admiration.

 

Mais estampes esthétiques

qui émeuvent profondément,

qui font battre le cœur,

vénérables et précieuses,

un art poétique de l'existence,

porté par la vague et le vent,

qui donnent confiance à l'aurore.

Celle-ci a ma préférence,

Tako to ama,1814,

Le rêve de la femme du pêcheur.

Non-conformisme de la perspective,

délirant chef-d'œuvre absolu

du vieux fou de dessin,

l'humain dans l'animal,

univers surréel englouti en un trait.

 

Vigoureux et savant, le printemps qui s'annonce...

4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 06:00

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Cette rentrée vous ennuie et vous ne savez, au fond, dans quelle direction vous tourner. Lisez ou relisez Aeropagitica, a Speech for the Liberty of Unlicensed Printing, tract rédigé par John Milton, poète républicain, en 1644. Et retenez ce qui suit avec tous vos sens : "A good book is the precious lifeblood of a master spirit, embalmed and treasured up on purpose to a life beyond life."

 

La « Torche de Provence », autrement dit Mirabeau, s'est intéressé de près à ce discours fondateur au point de l'adapter en langue française à l'orée d'une certaine révolution.

 

140 caractères largement dépassés par un tempérament hors de la norme...

 

 

(John Milton, Areopagitica and other prose works, Everyman's Library, Dutton, 1927 / Écrits politiques, traduit de l'anglais par Marie-Madeleine Martinet, Belin, 1993)

 

 

 

7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 06:00

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L'ordre des choses devrait plutôt être inversé — le dimanche devrait être le jour du labeur de l'homme...

 

 

C'est l'un de ces beaux matins du monde. Hors des sentiers battus (les pauvres...), je me réveille dans un village coloré de la communauté Miao. Pour bien démarrer la journée, lecture près du brasero :

 

« The history of the world, it has been justly observed, is the history of the progress of humanity; each epoch is characterized by some peculiar development; some element or principle is continually being evolved by the simultaneous, though unconscious and involuntary, workings and struggles of the human mind. Profound study and observation have discovered, that the characteristic of our epoch is perfect freedom — freedom of thought and action. The indignant Greek, the oppressed Pole, the zealous American, assert it. The skeptic no less than the believer, the heretic no less than the faithful child of the church, have begun to enjoy it. It has generated an unusual degree of energy and activity — it has generated the commercial spirit. »

 

(« L’histoire du monde, comme on l'a fait remarquer avec justesse, est l’histoire du progrès de l’humanité ; chaque époque se caractérise par un développement singulier ; un élément ou principe évolue continûment grâce aux activités et aux luttes simultanées, quoique inconscientes et involontaires, de l'esprit humain. L'étude approfondie et l'observation ont révélé que la spécificité de notre époque consiste en une parfaite liberté – liberté de pensée comme liberté d'action. Les Grecs indignés, les Polonais oppressés ainsi que les Américains vigilants l'affirment. Le sceptique autant que le croyant, l’hérétique autant que le fidèle enfant de l’Église, ont commencé à s’en réjouir. Elle a généré un degré inouï d’énergie et d’activité – elle a généré l’esprit commercial. »)

 

Un texte de jeunesse, dit-on, oui, et qui trouvera des prolongements fertiles dans le chapitre Économie de Walden...

 

Sur l'épaule de la femme qui me sert un bol de thé un aigle à ventre roux. Désirable estampe mobile.

 

Qu'en pense la grue à crête rouge ?

 

 

(Henry David Thoreau, The Commercial Spirit of Modern Times Considered in Its Influence on the Political, Moral, and Literary, 1837)

 

 

 

31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 06:00

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J’entends chanter l’Amérique, j’entends ses diverses chansons,
Celles des ouvriers, chacun chantant la sienne joyeuse et forte comme elle doit l’être,
Le charpentier qui chante la sienne en mesurant sa planche ou sa poutre,
Le maçon qui chante la sienne en se préparant au travail ou en le quittant,
Le batelier qui chante ce qui est de sa partie dans son bateau, le marinier qui chante sur le pont du vapeur,
Le cordonnier qui chante assis sur son banc, le chapelier qui chante debout,
Le chant du bûcheron, celui du garçon de ferme en route dans le matin, ou au repos de midi ou à la tombée du jour,
Le délicieux chant de la mère, ou de la jeune femme à son ouvrage, ou de la jeune fille qui coud ou qui lave,
Chacun chantant ce qui lui est propre à lui ou à elle et à nul autre.
Le jour, ce qui appartient au jour — le soir, un groupe de jeunes gars, robustes, cordiaux,
Qui chantent à pleine voix leurs mélodieuses et mâles chansons.

 

 

 

(Walt Whitman, J'entends chanter l'Amérique in Poèmes, traduction de l'américain par Léon Bazalgette, Éditions de l'Effort libre, Paris, 1914)