16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 06:00

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Un p'tit tour sur l'île...

 

 

 

« Brusquement, la jetée franchie, l’horizon se découvre. Nous sommes dans un vaste estuaire nu, sans une île, sans un caillou, et qui rappelle à s’y méprendre l’estuaire de la Seine. C’est la même configuration de côtes : à gauche, des collines violettes qui se fondent vers Penmarch dans une brume grise, d’un gris à peine plus foncé que celui de la mer et du ciel ; à droite de hautes falaises verticales, creusées de grottes profondes. Rien ne pousse sur ces falaises qu’un peu de bruyère mêlée d’un ajonc court et dru, où se blesseraient les troupeaux. L’été, cela fait des tapis d’un rose pâle poudré d’or, qui sont délicieux à l’œil, et l’hiver leur teinte rousse et brûlée demeure belle encore. Les vraies fleurs du paysage, ce sont les clochers de granit qui pointent sur la hauteur ; il s’en lève un tous les cent mètres. Le patron me les nomme au passage : Saint-Tugen, Saint-Yves, Saint-They, Saint-Collodan, Saint-Michel, Esquibien, Goulien, Primelin, Plogoff, enfin la chapelle d’Itron-Varia-ar-Veac’h-Mad, Notre-Dame-de-Bon-Voyage, qui, du plateau de Pennearc’h, commande l’entrée du Raz…

 

Elle est bien connue des Iliens, cette chapelle de Bon-Voyage où, le jour du pardon, ils se rendent processionnellement sur leurs barques, bannières au vent, les flammes pâles de leurs petits cierges étoilant le Raz à l’infini. Effectivement le Raz est devant nous : il fait un grand sillon de l’est à l’ouest, où la mer bout, tourne et court comme dans une cuve chauffée à blanc. « Le Raz se broie », en hemzraill, disent les marins. Encore quelques embardées et nous y serons. Mais le patron glisse un ordre au mousse ; l’enfant disparaît, puis remonte sur le pont, remorquant la vieille Ilienne qui s’accroche à la rampe pour ne pas tomber. Elle s’agenouille contre la lisse, face à la chapelle de Bon-Voyage. Le patron crie impérieusement : « Bas les casquettes ! » et la bonne femme, après un signe de croix que répète l’équipage, récite l’Angélus, l’Ave Maria et le De Profundis. Les hommes font les réponses en sourdine et, quand c’est fini, la vieille Ilienne regagne sa couchette au bras du mousse. Ce n’est pas tout à fait la scène classique dont parlent les guides, avec sa prière fameuse :

 

Doue va sikourit tremen ar Raz ;

Rag ma vag zo bihan hag ar a zo braz ! 


« Seigneur, secourez-moi au passage du Raz ; car ma barque est petite et la mer est grande ! »

 

C’est quelque chose de plus simple et de tout aussi poignant… »

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Déambulations nomades
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