20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 18:15

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Sur le belvédère de Bridge Park, j'observe les chiens en laisse et les joggeurs aussi frais que moi. Mais la vue la plus réjouissante est le ballet que donnent en ce moment les mouettes en nuées verticales au-dessus du bon vieux pont de Brooklyn dans son éternel habit de brume.

 

Je viens de prendre un café serré, un café à l'italienne, un peu plus bas, vers Old Fulton Street, et de jeter un œil évasif aux morning papers - plousse ça change, plousse it is le même chose. La lecture de la presse matinale n'est pas vraiment un exercice spirituel - mais, bon, à Rome, agis comme les Romains anglo-saxons !

 

Tout à l'heure, sur le marché en plein air de la station de métro, le marché aux mille cultures, il faudra que je pense à acheter du poisson, des tomates, du basilic, un citron et une bouteille de zinfandel - ou deux dans le cas d'une visite impromptue, qui sait ?, ou pour le poor relative, le parent pauvre -, et aussi du pain aux trois saveurs au Deli (Delicacies ou Delicatessen) avant la cohue. Tiens, il me revient que le chiffre 3 est particulièrement bénéfique dans la culture chinoise, il se prononce comme "être en vie".

 

La maison de Paul Auster est à quelques encablures -si vous voulez vous promener en sa compagnie, rien de mieux que sa Trilogie new-yorkaise d'une main (Actes Sud, 2002) et de l'autre, le bon bouquin de Gérard de Cortanze (Le New York de Paul Auster, éditions du Chêne, 1996).

 

Demain, s'il fait beau, j'irai faire un tour du côté de Coney Island, et Henry Miller viendra à moi, son visage oriental, et les livres de sa vie (The Books in My Life, New Directions, 1969) dans les poches de son veston. Il me racontera, one more once, comment, fuyant le cauchemar climatisé qu'était la Grosse Pomme des années 1930, il prenait, dès qu'il pouvait se l'offrir, le premier train de banlieue venu pour une détente temporaire à l'embouchure de l'océan avant, un jour, de partir pour de bon. Je lui dirai qu'il avait sans doute eu raison, dimanche après dimanche, de se faire la promesse de lâcher tout, même si je pense avec son ami Blaise Cendrars que New York est une moving city où j'aimerais vivre pendant des mois entiers. Je lui dirai aussi que, de son point de vue, il avait alors bien fait, juste avant les ravages de la Grande Dépression, de s'embarquer pour Paris et ses gaîtés à Montparnasse. Nous parlerons d'Anaïs Nin et de leur passion au réciproque (voyez A literate Passion : Letters of Anaïs Nin & Henry Miller, 1932-53, Allison & Busby, 1992), et fumerons une cigarette à tout ça.

 

Henry retournera dans la fournaise du lendemain tandis que je resterai sur mon banc, la chemise ouverte, dans la lueur du jour qui se reposera enfin, après avoir bien trimé, comme tous les petits gars de Brooklyn.

Published by carnets.atlantiques.over-blog.com - dans Déambulations nomades
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