24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 13:00

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Autrefois, j'ai vécu en Irlande.

 

Une ancienne cabane de pêcheur de murs bleus au toit de chaume agrémentée d'un point d'eau qu'il nous fallait régulièrement réamorcer matin et soir - la bonne fortune voulut que je loue cette thatched cabin, cet abri des heures intemporelles, pendant la belle saison, comme on dit, et non au cœur de l'hiver.

 

Je dis nous car la femme qui m'accompagnait alors n'est plus. Irlandaise, elle était intelligente, elle était folle, je le savais, ce fut une belle saison quand même.

 

À quelques encablures de Galway, de la pièce principale  - au juste, il n'y en avait que deux et un garde-manger, cabinet de toilette, resserre à tout faire -, nous nous régalions de la vue sur la baie de Letter More (quel nom prédestiné !), la lande verte, les genêts jaunes, les poneys et les mouettes dans la diversité de leur nomenclature scientifique.

 

Un isolat écologique imbattable et un isolement érotique à deux dans une discrétion sans pareille.

 

J'étudiais, j'écrivais, alternativement. Ou bien je ne faisais rien, ce qui était déjà en soi beaucoup.

 

À la nuit tombée (la nuit tombe-t-elle vraiment ?), cette tranquillité soyeuse était parfois troublée par la présence musicale d'un farfadet qu'on appelle là-bas leprechaun, vous entendez ?, un lutin espiègle, qui se mettait en tête de jouer des airs folkloriques à l'aide d'un fifre de bois flotté qui était tout sauf un...fifrelin. Son cirque pouvait durer des heures : nous avions bien tenté d'établir le contact, la langue de la raison lui était inconnue.

 

Des années plus tard, un ami me parle des farfadets. Connaissez-vous cet individu au nom à rallonge : Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym ? Non ? What a pity ! Il est l'auteur d'un engin littéraire extravagant (qui sort des ornières...) intitulé Les Farfadets ou Tous les démons ne sont pas de l'autre monde publié en 1821 sur ses propres deniers. À le lire, l'œuvre d'un fou. Mais ce n'est pas aussi simple.

 

Je sais aujourd'hui que notre lutin d'Eire se nomme Puck. Il est le fantôme qui fabrique, from time to time, l'étoffe dont sont faits mes songes éveillés.

 

Published by carnets.atlantiques.over-blog.com - dans Saisons
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