23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 14:00

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J'aime me promener en Suisse. Pas tout le temps. Une fois de temps en temps. Une fois l'an.


J'y goûte l'air bleu, les poissons sauvages, le fendant du Valais et le cartel de ses cantons. La route verte qui mène, par exemple, de Lucerne à Zürich en passant par Zug m'enchante.

 

Déambulant aujourd'hui le long du Boulevard des Philosophes à Genève (bonjour université !), je pense à une Suisse moins urbaine, plus enchâssée dans ses montagnes : la Suisse des Grisons, et, plus intimement, la localité de Stampa, non loin du massif de l'Engadine qu'affectionnait Nietzsche. C'est de ce bourg qu'un jour de 1922, après avoir étudié à Genève, Alberto Giacometti arrive à Paris.

 

Que Giacometti ait une calligraphie intéressante, c'est évident. Qu'il ait aussi une belle écriture est moins connu. Pendant une saison, j'ai gardé près de moi ses textes, carnets, feuillets, croquis, rassemblés sous le titre d'Ecrits (éditions Hermann, 1990).


On y trouve des choses étonnantes quand on connaît ses intentions sculpturales et ses remords de plasticien.

 

Sachant que je venais sur les bords du lac Léman, j'ai emporté ce carnet d'une vie antérieure où j'avais recopié ce passage saisissant, la dernière phrase surtout :

 

Le silence, je suis seul ici, dehors la nuit, tout est immobile et le sommeil me reprend. Je ne sais pas qui je suis, ni ce que je fais ici ni ce que je veux, je ne sais si je suis vieux ou jeune, j'ai encore peut-être quelques centaines de milliers d'années à vivre jusqu'à ma mort, mon passé se perd dans un gouffre gris, j'étais serpent et je me vois crocodile, la gueule ouverte; c'était moi le crocodile rampant la gueule ouverte.

Crier et hurler que l'air en tremble et les allumettes de loin en loin là par terre comme des bateaux de guerre sur la mer grise.

 

Vous entendez ?

 

Début des années 1960, cette photo de Cartier-Bresson, Giacometti traversant la rue d'Alésia sous la pluie, son atelier de rue Hippolyte-Maindron tout proche, comme tendu vers ses personnages mobiles-immobiles de fer et de plâtre qui, à la fin, chevaliers existentiels, ne sont plus que l'ombre d'une humanité en proie au doute. 

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