13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 06:00

File:Vailland Breton.JPG

 

 

Une sensibilité exarcerbée...

 

 

En ce mois de mai bruineux ainsi qu'à d'ordinaire sur les côtes irlandaises, je venais de relire les dernières pages du généreux livre d'Harper Lee, To Kill a Mockingbird ( Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur ), lorsque le téléphone a sonné. À l'autre bout du fil, un ami séjournant à Florence venait prendre de mes nouvelles. Les joies des retrouvailles. Notre conversation a roulé sur tous les sujets possibles tandis que la tramontane insolente secouait les jeunes feuilles du figuier. 

 

– J'ai un petit cadeau pour toi. Je vais te l'envoyer par la poste.

– De quoi s'agit-il ?

– Surprise, surprise...

 

Aujourd'hui, le cadeau, fragile, est là sous mes yeux. Boroboudour, voyage à Bali, Java et autres îles dans l'édition originale de 1951. Roger Vailland ! J'ai déjà écrit tout le bien que je pense de Roger le réfractaire-écrivain-libertaire (et pas restrictivement « libertin » au sens sensationnaliste du terme). Dans mon atelier, sur le « grand mur aux images », expression forgée par un intervieweur de la radio suisse romande, une des belles photographies de Roger Vailland par Marc Garanger. D'autant plus belle, celle-ci de 1964, peut-être parce qu'elle est en noir et blanc. Des vues d'écrivains, d'auteurs, ceux et celles aussi qui ont cherché à transformer le monde, au travail ou en villégiature, à la campagne, au bord de la mer ou à la montagne, j'en possède mille et cent. Je lève les yeux : le portait de Walt Whitman (que se dit-il ?), le visage introspectif de Friedrich Nietzsche, André Breton au milieu de ses poupées Kachinas, le nœud papillon rebelle d'Arthur Rimbaud, Bashô, bâton de pèlerin à l'épaule sur la sente vers le bout du monde, Henry David Thoreau, son regard (extra) lucide. Et tant d'autres. 

 

Plan américain élargi. Meillonnas, locus solus. À la table d'écriture. Fauteuil, osier orme – on trouverait son cousin en Lozère ou en Armorique. Pull à col roulé. Les deux mains, bien visibles, larges et solides sur les feuillets, et dans l'une, adroite au toucher, ce petit appareil de rien du tout qui injecte en perfusion directe le sang bleu dans la page. Silence – mais, vous n'êtes pas obligés de me croire, je l'entends, puisque j'y suis. Un modèle du genre pour ce qui est de la perfection objective.

 

Ce présent me touche.

 

Dans la bibliothèque des vrais bons livres immémoriaux, je retrouve les yeux fermés un autre livre de Roger Vailland. Son journal. Au faîte d'une marge, j'avais, espace d'autrefois, relevé cette indication : « J'aime les gens qui cherchent leur chemin. »

 

Toujours. Et certains savent le trouver. Bon pied, bon œil.

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Littérature
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commentaires

elizaleg 11/06/2015 13:41

Merci pour lui...
A un jour près, jolie coïncidence (ou pas ?), vous écrivez ceci pour le cinquantenaire de la mort de Vailland, survenue le 12 mai 1965 dans sa maison de Meillonnas.