26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 07:00

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Nous croyons bon de prévenir nos lecteurs que ce récit n'est point une fiction. Tous les détails en sont pris aux annales maritimes de la Grande-Bretagne. La réalité fournit quelquefois des faits si romanesques que l'imagination elle-même ne pourrait rien y ajouter...


 

La télévision hivernale rediffuse ce très bon film de Frank Lloyd, Mutiny On The Bounty, Les Révoltés du Bounty, réalisé en 1935. Toujours aussi parfait l'affrontement entre le romanesque Fletcher (Clark Gable au mieux de sa forme) et l'impitoyable capitaine Bligh (Charles Laughton, on en redemande). 

 

C'est à la fin des années 1950, dans l'une des zones maritimes les plus reculées de la Terre, qu'une expédition a remonté des flots les restes improbables de ce bâtiment de légende. Une sacrée veine quand on sait qu'il n'y a rien à des miles à la ronde !

 

Bounty signifie abondance. Mais Quod abundat vitiat. Les aventuriers à pied, à cheval ou en voiture de l'Arctique et des tropiques le savent qui se répartissent indéfectiblement en deux catégories : les mulets (chargés d'un barda encombrant et lourd) et les MUL (les marcheurs ultralégers). Cela m'est revenu quand, sur l'écran, les épées s'entrechoquaient. Les îles Pitcairn, oui, oui, où avais-je lu cette autre histoire de débris ? Ah !, nous y voilà :

 

  (...) Parmi les méfaits venus du Premier Monde dans les pays en voie de développement, nous avons déjà mentionné les millions de tonnes de déchets électroniques transportés intentionnellement des nations industrialisées vers la Chine. Pour saisir l'échelle mondiale du transport non intentionnel de déchets, considérez les ordures rassemblés sur les plages de deux petits atolls des îles Pitcairn, Oeno et Ducie, dans le sud-est de l'océan Pacifique : ce sont des atolls inhabités, dépourvus d'eau douce, rarement visités, même par des yachts, et ils figurent parmi les bouts de terre les plus retirés du monde, tous deux à presque deux cents kilomètres de l'île, elle-même inhabitée, d'Henderson. Pour chaque bande de plage d'un mètre, une étude a détecté la présence en moyenne d'une ordure, dérivée de bateaux ou bien de pays d'Asie et d'Amérique situés sur la bordure Pacifique à des milliers de kilomètres de distance : sacs en plastique, bouées, bouteilles de verre et de plastique (surtout des bouteilles de whiskey Suntory venues du Japon), corde, chaussures et ampoules, ballons de football, soldats et avions en plastique, pédales de vélo et tournevis... 

 

Eh oui, notre bon vieux monde qui se shampouine au développement durable et à la consommation responsable !  

 

Allez, un bon coup de balai et ces îles seront aussi belles qu'un sou neuf ou un timbre non oblitéré ! 

 

Tout rentrera dans l'ordre. N'est-ce pas ?, mon cher Jules :

 

Tel fut donc le dénouement d'une aventure qui avait commencé d'une façon si tragique. Au début, des révoltés, des assassins, des fous, et maintenant, sous l'influence des principes de la morale chrétienne et de l'instruction donnée par un pauvre matelot converti, l'île Pitcairn est devenue la patrie d'une population douce, hospitalière, heureuse, chez laquelle se retrouvent les mœurs patriarcales des premiers âges...

 

 

(Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, 2006 / Jules Verne, Les Révoltés de la Bounty, Hetzel, 1879)

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Littérature
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