7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 07:00

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Bleu sur bleu dans l'atelier.

 

Le sympathique journaliste de la radio belge est littéralement émerveillé par la profusion de cartes anciennes que je viens de dérouler sur la grande table.

 

- Celle-ci n'est en rien un mutus liber. Les contours géographiques de l'Europe sont nettement dessinés, l'organisation des états récemment constitués saute aux yeux, mais ce qui m'intéresse, ce sont précisément les zones non cartographiées qui attirent mon regard. Il s'en trouve une grande quantité à la fin du XVIIème siècle, qui sont, pour moi, comme autant de blancs psychiques. Regardez à l'Est, regardez à l'Ouest, c'est frappant. La carte n'existe pas encore, elle ne va pas tarder à venir. Les territoires dans leur réalité subtile, c'est une autre affaire. Le cartographe anonyme de cette œuvre, car c'en est une, a-t-il rêvé d'une quelconque harmonie humaine, si j'ose ce vocable, en exécutant cette projection de notre vieux continent que vous avez sous les yeux ? Trois siècles plus tard, on peut se poser la question. Pour ce qui est de l'harmonie, cette aspiration que je qualifierais d'idéaliste, l'Europe, d'un point de vue transculturel, s'en est passablement éloignée. La véritable culture est aujourd'hui complètement négligée, voire empêchée. Le constat psychologique, sociologique, et même psycho-social !, a été fait cent, mille, dix mille fois.

 

- Au cours de votre existence, vous avez beaucoup voyagé. Mais, à vous lire, c'est vers l'Europe que vous revenez souvent. Vous insistez sur notre appartenance à un héritage culturel européen diversifié et très riche.

 

- Oui, mais, vu le contexte global et les contextes qui sentent le renfermé, j'essaie de mettre en valeur certains aspects de cet héritage avec le sens des nuances et pas mal de discernement ! Je viens, en effet, d'ici, pour aller vite. Et parlant de l'Europe, ses avenues comme ses marges, je décris aussi mon propre parcours existentiel. Une sorte de psychocosmogramme qui, plongeant dans les archives continentales, éclaire a posteriori le sens de tout mon travail, de tout ce qui m'attire depuis l'enfance, depuis, en fait, que je sais marcher et lire, et qu'il m'arrive de partager en affinités électives, par exemple oralement, avec un certain public. Ce qui m'intéresse, c'est le passage. Le matin, je peux me trouver en Norvège et le soir en Italie. Dans la réalité de l'extrême concentration spatiale et temporelle, je note une foultitude de détails géographiques, culturels, des épiphanies, des bribes de conversations, des expressions parfois symptomatiques d'un état de choses particulier, autant d'éléments apparemment disparates mais qui obéissent à une logique souterraine et à une cohérence intime que rend ensuite visibles, pour partie, l'écriture. Tout ceci, le grand réel européen, retient mon attention, une attention flottante, comme dit Freud, ce qui pourrait passer pour un paradoxe parlant d'intensité de vie, mais une attention, c'est-à-dire une sensibilité constante -et, pour mon bonheur, jamais défaillante.

 

- D'où, par exemple, pour capter ce qui se manifeste, la quantité impressionnante de carnets à proximité du stylo et des feuilles ?

 

- Oui, bien sûr, je puise en permanence dans cette armada pacifique des éléments, au sens chimique, voire alchimique, très divers en vue d'essais, de notes, de poèmes, de conférences, de blogs ultérieurs, composés, dans ce lieu ou ailleurs, sans composition trop évidente !

 

(...)

 

- En écrivant et en parcourant le continent européen comme vous le faites, vous continuez sans relâche à élargir votre horizon...

 

- Bon, vous savez bien que l'on écrit d'abord, et peut-être dans certains cas exclusivement, pour soi. La publication est une deuxième et décisive étape, sans parler de la réception. Nous avons déjà évoqué cette dimension complexe du travail intellectuel à notre époque. Je veux parler du travail qui a une véritable valeur. J'élargis, et c'est le sens, la direction des travaux en cours, autant que je le peux, mon champ des possibles avec beaucoup d'aller et retours. Je reviens de plus en plus vers le continent européen, en retrouvailles migratoires pour ainsi dire. Je ne l'ai jamais quitté, car je n'ai pas fini d'en faire le tour. En élargissant le propos, j'ai un besoin vital et très ancien de savoir que j'ai des espaces inconnus en moi.

 

(...)

 

- Ce que je vous dis là ce matin est très certainement lié dans mon esprit à une visée, disons, euro-encyclopédique. Encyclopédie, voici un mot cardinal pour le fil de notre entretien, ne trouvez-vous pas ?

Published by carnets.atlantiques.over-blog.com - dans Déambulations nomades
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