7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 06:00

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This light-house, known to mariners as the Cape Cod or Highland Light, is one of our "primary sea-coast lights," and is usually the first seen by those approaching the entrance of Massachusetts Bay from Europe...

 

 

Je partage avec mon cher Thoreau une passion, géologique, botanique, biologique et, il va s'en dire, pour peu que j'en aie le loisir, historique, à l'endroit des caps, des promontoires, des finisterres.

 

Pour les phares, tout autant. Je collecte, en cette matière, une vaste documentation-chantier qui pousse comme du corail relative aux feux européens, distribués en arc bien tendu des Iles Lofoten jusqu'à la pointe sud du Portugal.

 

Que Thoreau, lors de son voyage, contrasté, mouvementé, mais heureux à l'évidence pour son âme incarnée dans un corps très mobile, à Cape Cod et ses alentours, le cap de la morue et des eaux nourricières, mais surtout dans un paysage des confins, reportez-vous au texte original, se soit intéressé in concreto à l'un des premiers phares américains, édifié en 1797 et reconstruit après l'érosion des sols en 1857, lançant son appel jusqu'à nos jours ininterrompu vers le large depuis la côte est, ne m'étonne guère : ce feu de mer est une métaphore de la vraie puissance spirituelle.

 

S'il rayonne, le phare de North Truro, localité qui le porte, est le rai premier, principiel, qui indique l'une des directions possibles que l'on peut emprunter - et, qui sait ?, l'une des plus ouvrantes qu'on - le on en question étant une multitude sensible - peut envisager au cours d'une existence : malgré tout, en dépit de tout, par-delà tout, pousser ses potentialités le plus loin possible

 

Ceci dit, en-deçà des allégories et des symboles qui ont eu leur utilité dans la construction des sociétés humaines (on me glisse à l'oreille que c'est toujours d'actualité...), ce que j'aime chez Thoreau-le-clairvoyant, ici comme ailleurs dans son œuvre-laboratoire d'écriture à ciel dégagé de toutes sortes de scories, est la précision scientifique de l'exposé, digne en cela des meilleurs rapports qui  sont d'ordinaire rédigés par ceux qui font profession de géomètre-topographe, occupation qu'Henry  exerçait, on le sait, quand il en avait économiquement nécessité. Sauf qu'avec cet essai, publié initialement en 1863 dans la prestigieuse revue du Nouveau Monde, The Atlantic Monthly, l'ordinaire est sublimé - au sens alchimique. La prose du monde est ici prima poesia :

 

(...) It is forty-three miles from Cape Ann Light, and forty-one from Boston Light. It stands about twenty rods from the edge of the bank, which is here formed of clay. I borrowed the plane and square, level and dividers, of a carpenter who was shingling a barn near by, and, using one of those shingles made of a mast, contrived a rude sort of quadrant, with pins for sights and pivots, and got the angle of elevation of the bank opposite the light-house, and with a couple of cod-lines the length of its slope, and so measured its height on the shingle. It rises one hundred and ten feet above its immediate base, or about one hundred and twenty-three feet above mean low water. Graham, who has carefully surveyed the extremity of the Cape, makes it one hundred and thirty feet.

 

The mixed sand and clay lay at an angle of forty degrees with the horizon, where I measured it, but the clay is generally much steeper. No cow nor hen ever gets down it. half a mile farther south the bank is fifteen or twenty-five feet higher, and that appeared to be the highest land in North Truro. Even this vast clay-bank is fast wearing away. Small streams of water trickling down it at intervals of two or three rods have left the intermediate clay in the form of steep Gothic roofs fifty feet high or more, the ridges as sharp and rugged-looking as rocks and in one place the bank is curiously eaten out in the form of a large semicircular crater.

 

Tout Thoreau est là. Grandeur nature.

 

Il l'est aussi dans l'autre essai traduit aujourd'hui en langue française, Nuit et clair de lune (Night & Moonlight, publié ainsi que le premier à l'automne 1863). Ces deux brefs et denses textes constituent le bon choix éditorial que je découvre et dont je fais mon délice.

 

Rien que la première phrase - l'humour, subtil, en prime :

 

Chancing to take a memorable walk by moonlight some years ago, I resolved to take more such walks, and make acquaintance with another side of Nature. I have done so.

 

Yes, dear Henry, you have done so : en mille circonstances, tu sais parfaitement joindre le geste à la parole...

 

Dans et entre les lignes, je vous dis.

 

Mon observation vaut, ad vitam aeternam, pour chaque véritable auteur.

 

 

 

(Henry David Thoreau, The Highland Light in Cape Cod, Thomas Y. Crowell & Co Publishers, New York, 1908 / Le Phare de Haute-Terre suivi de Nuit et clair de lune, essais traduits de l'américain par Yves Marteze, éditions La Nerthe, 2012) 

 

 

 

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Littérature
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