27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 06:00

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Je regrette les temps où la sève du monde,

L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts

Dans les veines de Pan mettaient un univers !

 

 

Ce jardin du Kent : l'été n'est pas totalement advenu.

 

Mais il va venir, je le sais.

 

Flocons de nuages sur les vergers.

 

L'air a des couleurs fraîches.

 

J'ai sept ans. J'ai toujours eu sept ans.

 

Assis sur l'herbe de la pelouse, je suis chez moi dans les pages de cette encyclopédie échappée de la grande ville toute proche.

 

Pendant la guerre, le Spitfire et le Mosquito rivalisaient d'adresse pour chasser du ciel le bourdon vert-de-gris.

 

Et la belle campagne anglaise reprenait alors espoir.

 

Mais il n'y a plus de guerre, n'est-ce pas ?

 

Ces roches, ces fleurs et tous ces petits animaux qui montent aujourd'hui de l'azur en papier, je veux les garder à jamais.

 

Par cœur et avec le cœur, je veux retenir leurs noms.

 

Un nom est un monde.

 

Mon être a besoin de catalogues, de listes, d'énumérations, d'archives, d'index. 

 

À la recherche du beau toujours gagné.

 

Oui, c'est ça, catalogue : qu'en une phrase, le vivant parle de lui-même.


 

Le lis de Malabar.

 

L'effraie des clochers.

 

Le cèpe de Bordeaux.

 

Le tigre de Sumatra.

 

L'astrée hygrométrique.

 

Le lézard à collerette.

 

L'ammonite.

 

Le martin-pêcheur.

 

L'inséparable masqué.

 

Le diaspore.

 

La jarlite.

 

Le borax.

 

La clinoclase.

 

Le porphyre.

 

Le granite.

 

La fougère parapluie.

 

Le muscadier de Californie.

 

Le désespoir des singes.

 

La pruche de l'ouest.

 

Le nénuphar blanc.

 

Le cannelier de Ceylan.

 

Le taro.

 

La plante des sourds-muets.

 

Les sérapias petite langue.

 

Le curcuma.

 

Le balisier des Caraïbes.

 

La cardamome.

 

La bourse-à-pasteur.

 

La queue-de-renard.

 

Le renard roux.

 

Le polypore du pin.

 

Le scarabée funèbre.

 

Le méloé printanier.

 

Le bombyx du mûrier.

 

La grande naïade.

 

L'aurore.

 

Le petit sylvain.

 

La proserpine.

 

Le flambé.

 

Le grand bénitier gaufré.

 

Le pied-de-pélican.

 

La danseuse espagnole.

 

L'escargot des bois.

 

La chimère-éléphant.

 

La murène bijou.

 

La hache d'argent.

 

La lanterne ponctuée.

 

L'omble chevalier.

 

Le grenadier.

 

L'ouette de l'Orénoque.

 

Le cygne trompette.

 

La fuligule morillon.

 

Le fulmar boréal.

 

le plongeon arctique.

 

Le palmiste africain.

 

L'autour des palombes.

 

La mouette de Sabine.

 

La colombine wonga.

 

Le petit duc des montagnes.

 

La ninoxe Boubouk.

 

Le rollier à longs brins.

 

L'indicateur gris.

 

Le cabézon toucan.

 

La grive musicienne.

 

Le péramèle obèse.

 

Le bandicoot épineux.

 

Le lièvre variable.

 

Le saki moine.

 

Le capucin pleureur.

 

Le tamarin aux mains rousses.

 

Le chien viverrin.

 

L'ours à lunettes.

 

Le chat des sables.

 

Le jaguarondi.

 

Le rhinocéros noir.

 

L'onagre.

 

Le sanglier à barbe.

 

Le wapiti.

 

L'orignal.

 

le caribou.

 

L'éléphant de savane.

 

Le narval.

 

Le rorqual bleu.

 

La baleine franche.

 

Et l'arbre du voyageur.

 

 


L'arbre pour le voyageur. Le spécimen solaire au jardin botanique de Pondichéry. Tu te souviens ?

 

Oui, oui.

 

Je me souviens aussi de ce figuier des banians, la placette, Goa.

 

Ses racines, antennes flottantes à l'écoute du monde entier.

 

 

 

(The Natural History Book, Dorking Kindersley Limited, London, 2010 / Histoire naturelle, Flammarion, Paris, 2011)

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