7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 07:00

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Ces feuilles ne seront proprement qu’un informe journal de mes rêveries. Il y sera beaucoup question de moi, parce qu’un solitaire qui réfléchit s’occupe nécessairement beaucoup de lui-même...


 

On peut emporter les Rêveries de Jean-Jacques au cours d'une promenade dans les beaux jardins de la France. C'est même recommandé. Des passages d'une drôlerie !

 

Les jardins à l'anglaise me sont un délice tout comme le jardin de curé. Stourhead, par exemple, sur la route de Bristol, quel enchantement ! Souvenez-vous, Barry Lyndon. Et les jardins du pourtour méditerranéen ! La Villa Ephrusi à Saint-Jean-Cap-Ferrat, la Serre de la Madone à Menton ou le parc du Plantier de Costebelle, son Mont des Oiseaux, à Hyères : des heures de joie ! Mais quand je cherche la sûreté d'une direction et la valeur d'une perspective, je me tourne vers le jardin à la française.

 

En cette matière, notre pays regorge de pures merveilles que j'ai admirées de près au fil des ans. Autant de jardins préservés et entretenus par des comités, des conservatoires, des institutions, bref, des hommes, que l'on appelle remarquables. Pour une fois, une épithète qui n'est pas usurpée.

 

Hasard d'un retour printanier vers trois de ces botaniques en architecture d'exception.

 

La première, le château de Hautefort en Dordogne, l'élégance de son parc français qui accueille un versant anglais, ses buis odorants, la douceur des collines alentour.

 

La seconde, les jardins humides du château de Chantilly, l'allée des philosophes, la maison de Sylvie au prénom prédestiné, tout au fond du parc, les statues équestres, inimitables.

 

La troisième, le jardin de la Fontaine à Nîmes, la tour Magne qui domine la ville - et dont le nom permit à Victor Hugo d'alimenter son goût pour le calembour -, le temple de Diane, la source, le nymphée et ses statues éclaboussées de soleil, et les cèdres, très beaux.

 

Le territoire en symbolique natale de Francis Ponge. Poète nîmois : son inscription volontaire.  


Pureté des lignes nettes. Dégagements. Ouvertures.

 

Aujourd'hui, l'équation parfaite advenue, je renoue avec des paysages moins réguliers, en val de Trégor, dans les jardins de Kerdalo, à deux pas de Tréguier, au pays des confluences. 

 

Une toile vivante que cette petite Italie de verdure née d'un rêve princier...

 

Kenavo !

 

 

(Erik Orsenna, Isabelle et Timothy Vaughan, Kerdalo, le jardin continu, Ulmer, 2007)

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