30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:00

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Suivre la mode, c'est se prendre pour un porte-manteau...

 

 

Je voulais m'offrir le luxe d'une nouvelle veste en tweed et je pensais que de ce côté-ci du Donegal, la chance allait me sourire. En général, je veux dire, en particulier, j'aime les vêtements simples, confortables et fonctionnels dont les textures, coton, lin, laine, et les couleurs me rappellent le monde naturel au plus près.

 

La veste que je portais à mon arrivée était à elle seule un éloge de la reprise : les boutons en corne, les poches, bien sûr, la doublure ont eu l'aiguille pour amie. Exemple sensible qu'un vêtement peut vivre plusieurs existences dignement. Mais après avoir connu les latitudes basses ou élevées de l'hémisphère Nord, cette veste, porteuse des pollens les plus contrastés, devenue très odorante, commençait à partir en quenouille  - expression singulière, soit dit en passant. 

 

Ardent Ardara ! La bourgade septentrionale a repeint ses façades pour suivre l'air du temps, et des échoppes proposent aujourd'hui toutes les qualités de confections en double fil de laine cardée. Vous avez l'embarras du choix. L'extravagance, en cette matière comme dans tant d'autres, ici comme ailleurs, finit, à mon toucher, par confiner au ridicule. Qu'ai-je besoin de me dissimuler, de cacher mon âme aurait dit l'autre, derrière ou plutôt au-dedans d'une étoffe dont la coupe est à la mode ? Quel gaspillage ! Je veux, d'une volonté parfaite, une veste qui me permette de courir à travers champs, de franchir les cours d'eau, de grimper sur quelques sommets qui font mon délice, et de marcher  le long du rivage des heures durant. De me tenir chaud les jours de bourrasque. Et d'envelopper celle que j'aime, qui n'a pas froid aux yeux. En somme, je cherche la quintessence de la sobriété.

 

Sur les présentoirs dans ce magasin, les vestes à chevrons ou à motif pied-de-poule étaient destinées à un usage strictement urbain. La nature avait reculé. C'est lucratif : les tailleurs retaillent le métier dans un sens unique. Carlyle m'a alors chuchoté deux ou trois choses à l'oreille. J'ai éclaté de rire intérieurement et songé à Diogène - s'imprégner, au musée du Louvre, de la sublime toile de Nicolas Poussin...Lorsque je me rends dans la grande ville, je ne porte pas de veste. L'hiver, une canadienne, un blouson fourré, un Barbour, un Mackintosh, en dessous un pull écossais, irlandais ou norvégien ; l'été, une chemise et un pantalon de toile. La veste, en milieu urbain, est le triste symbole, comme la cravate, de la soumission au travail. L'autre jour, à un mien lecteur qui me posait toutes sortes de questions quant à mes habitudes au moment de me mettre à écrire, je lui ai répondu que je n'avais pas pas d'habitudes, car je m'habite bien, et que je porte toujours mes semblables vêtements savamment usés jusqu'à la corde quelle que soit la saison. Chacun ses manies. C'est mon côté barbare. Cette remarque vaut d'ailleurs au suprême pour la littérature : la civilisée et la sauvage.

 

Je suis sorti du comptoir aux tissus les bras vides. Ma brave veste a encore toute sa force vitale, me disais-je. C'est cela le vrai luxe.

 

Sur la route de la corniche, le mot de mon ami Thoreau : Simplifiez, simplifiez...

 

 

 

                                 
Published by carnets-atlantiques.eu - dans Déambulations nomades
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