12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 06:00

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Deep down, I'm pretty superficial...

 

 

Je voulais voir le musée Dali et pousser plus au Sud vers Palamós et Tossa.

 

Quittant Figueres (sur la fin, El Salvador, avide en lévitation livide...), la route de la côte rend la sensation de faire des doubles 8 sur elle-même. Oui, des panneaux publicitaires, en veux-tu en voilà, de longues barres d'immeubles informes, d'immenses giratoires au milieu de nulle part, mais, dans l'ensemble, sur cette Costa Brava, cette côte sauvage, cactus, pirates, palmiers, contrebande, je trouve mon content de localités charmantes et assez de criques secrètes pour m'y prélasser.

 

21 heures. Les premiers feux du phare-fort s'allument en corbeille de points jaunes vifs sur le front de mer à Tossa de Mar. 

L'heure espagnole ou, plus justement, catalane, peut débuter. La Catalogne est une Espagne à part et les natifs ne se privent pas de vous le faire remarquer.

 

Une ruelle légèrement en retrait. Silence. Je peux entendre mes pas sur le sol chaud. Auberge blanche et verte dans l'angle. Un menu long comme un chapelet. Va pour l'hostal blanco y verde.

 

- ¿ Que quiere usted comer ?

- Querría beber primero.

- ¿ Vino tinto, Señor ?

- Si, una buena botella de Ribera del Duero, por favor.

 

J'allume un cigarillo. Quelques minutes plus tard, se glissant tel un agile poisson à travers le rideau bayadère, le serveur revient avec le vin et un assortiment de tapas première classe qui ravirait un damné.

 

- Muchas gracias.

- De nada.

 

Le vin castillan est sublime, l'arroz negre, le conill amb cargols et le suquet de peix, un régal.

 

La nuit avance comme j'aime. Je me laisse filtrer par les éléments.

 

- ¿ Quiera usted otra cosa ? 

 

La plupart du temps, je ne prends pas de dessert : trop de sucre pour l'intime de mon équation équatoriale. Je préfère la nudité du fruit. Mais ce soir, est-ce le roulis ambiant ?, les épices qui flottent dans l'air saturé de soleil ?,  mon désir de polarités réunies ?, je ne dis pas non.

 

- Me gustaría un postre. Una crema catalana.

 

Mon poisson-pilote réapparaît en un tournemain, la mine ravie. Pas de doute : dès la première cuillère, cette crème est faite au bon lait de femme !

 

- Querría un licor después de este bono cenar.

 

J'ai envie d'un cordial et, unique client, propose de le partager avec mon digne serveur.

 

- Muy bien, perfeccionado este Licor 43. ¿ Puédase decirme donde puedo encontrar la señora Ava Gardner ?

 

Sourire sur le visage du serveur qui vient d'avoir soixante-cinq ans.

 

- Señor, Usted encontrará la estatua de la Dama en la vila vella, la vieja ciudad, justo en frente, sobre la izquierda. Cuando era niño, vi a los actores, el rodaje de la película. Me acuerdo de eso...

 

- Hasta la vista. Llévese bien !

 

Je souhaitais voir les lieux du tournage de Pandora qu'Albert Lewin avait réalisé en 1951. Avec The Barefoot Contessa, La Comtesse aux pieds nus, du magistral Mankiewicz, Pandora, Pandora and the Flying Dutchman, Pandora et le Hollandais volant, est le film où Ava Gardner, le plus bel animal du monde, a-t-on dit, est magnifiée.

 

La statue domine les toits de tuiles de la vieille ville. M'approchant d'elle, sous le ciel étoilé, je ressens soudain la puissance magnétique de son corps qui s'échappe du métal.

 

Superficielle, Ava ? Elle l'est, définitivement, par profondeur. 

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Déambulations nomades
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