16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 06:00

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She starts up slowly, unwillingly. Scottie follows behind her, fighting to keep the impending vertigo under control,

trying to keep his eyes fixed on her back to avoid looking up into space...

 

 

Tout avait commencé par une visite de la Mission Dolores un matin de printemps. Quelque chose de frais et hors d'âge naissait des arbres, si verts, des pelouses lisses et des statues belles comme des jonquilles dans le petit cimetière.

 

J'étais arrivé par le Nord, une fois de plus. En faisant le tour de la chapelle, après avoir garé la voiture sous un coast live oak, un chêne indigène du pays des géants, des psaumes m'ont accueilli. Je suis resté là un bon moment à écouter la musique céleste avant de redescendre de mon nuage et me dire qu'il faudrait marcher vers l'embarcadero et le quartier chinois.

 

Envie immédiate de flâner sur Colombus Avenue. J'ai tourné à gauche - dans ma tête, l'expression on the right and on the left side of the road -, et salué une ou deux connaissances autour d'un café à la librairie des lumières de la ville, City Lights Bookstore. L'endroit tient le coup, c'est sûr, San Francisco aussi, et s'est même offert un ravalement new age.

 

Les posters qui, vers 1969, sur les murs du premier étage, donnaient à voir les portraits, exaltés ou fatigués, d'Allen Ginsberg, de Jack Kerouac et de tant d'autres drifters ont disparu. Odeur de peinture neuve sur un monde ancien. S'adapter, s'acclimater, this is the new slogan. Lawrence Ferlinghetti répond toutefois présent : des lectures de textes en nocturne majeur, son activisme social, yes, Shakespeare & Co in Paris, ah, the good days, des Japonais et des Argentins veulent maintenant renifler le sanctuaire. Bye-bye, see you next !

 

Il fait chaud. Il fait bon. Marcher encore et encore on the sunny side of the street

 

Dans un de ces restaurants asiatiques, suis ensuite allé manger un chaudron de la mer bien fumant, bien épicé, tous les poissons de la création dans mon bol. Une des serveuses, fille sans doute de la patronne, assise près de la fenêtre, les yeux rivés sur ses cours de business economics. Contraste entre la finesse de son visage et la grossièreté de son évangile modern times posé parfaitement à plat sur la table.

 

Saveurs, savoir. Qu'ai-je appris dans le cours - tumultueux - de mon existence ? J'ai beaucoup vu, beaucoup entendu, énormément vécu.

 

Plus loin, sur Haight-Ashbury, j'ai croisé quelqu'un qui avait mes contours. C'est impossible, n'est-ce pas ? Mon fantôme ?

 

Me voici de retour dans le jardin de la Mission. Présence allégorique. Était-ce tout à l'heure ? Déjà ? Le poète-libraire défend les bons livres, le réalisateur de films, anglais catholique, prend le parti d'un individu innocent dans un monde de coupables et sur le vitrail de la chapelle San Francisco montre un visage heureux.

 

Tableaux d'oblats.

 

Montrer un peu de beauté et indiquer le sens d'une cohérence terrestre : il y a pire destin, non ?

 

 

 

 
Published by carnets-atlantiques.eu - dans Déambulations nomades
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