19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 06:00

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A man of genius makes no mistakes ; his errors are volitional and are the portals of discovery...

 

 

Par la poste m'était parvenu L'Art de voir les choses, recueil introspectif particulièrement compact, construit à partir de pages diverses puisées au sein de l'œuvre du naturaliste américain John Burroughs né en 1837.

 

Était-ce le titre en forme de clin d'œil choisi par le traducteur pour cette édition en langue française ? Mystère. Mon esprit est alors parti dans toutes sortes de méandres et d'associations d'idées.

 

L'autre jour, dans le quartier, je laisse la meilleure portion du trottoir par ailleurs encombré çà et là par les débris du quotidien à une maman et à sa poussette.

 

- Je vous en prie, Monsieur, fit-elle, allez-y ! Et la jeune femme de me céder le passage. Mes cheveux sont grisonnants et même blancs par endroits, je ne voulais pas le croire. Me voilà donc servi. Illusions, quand vous nous tenez....Le problème, c'est que dans la tête, j'ai toujours sept ans et que je me vois grimper agrestement aux arbres...

 

La manie chez certaines personnes de serrer, après usage, le bouchon du robinet d'eau froide ou d'eau chaude : celui qui veut s'en servir ensuite se retrouve à devoir faire appel à une clé anglaise pour pouvoir se laver les mains. Pire, le risque, réel, est couru que l'installation soit à jamais foireuse. Quant à celles et ceux qui vérifient cinquante fois que le gaz est coupé en quittant leur domicile, il y a belle lurette que j'ai laissé ces cas pathologiques à mes confrères et consœurs analystes.

 

Les édiles bloquent le prix de l'essence pendant plusieurs semaines. Mais la bête noire n'est pas l'essence, mécontentement craint de l'électeur ou panique d'une pénurie planétaire annoncée, mais l'automobile.

 

Étendre le propos aux transports, à la nutrition, aux tablettes, aux Smartphones, aux faux livres, etc.

 

Mes jambes me portent partout : ça marche sans que ma volonté entre vraiment en jeu. Mais je me suis égaré pendant longtemps, car je viens de m'apercevoir que la jambe droite est jalouse de la gauche : chacune veut prendre le pas sur l'autre.

 

Deux et deux font-ils quatre ? Voir ce qu'en pense Dostoïevski.

 

Dans un genre similaire : quand le sage de la sagesse chinoise désigne la lune, l'idiot regarde le doigt. Mais il y a idiot et idiot. J'ai de la tendresse pour le prince Mychkine.

 

On se souvient - livre d'école à l'appui - de quelle manière Bernard Palissy a découvert le secret des émaux et Charles Goodyear celui de la vulcanisation du caoutchouc. C'est parce qu'ils ont persévéré dans l'erreur qu'ils sont reconnus aujourd'hui en qualité de créateurs diaboliques.

 

Francis Picabia, lu à une époque de ma vie : l'art est le culte de l'erreur. Victor Segalen, de mémoire, parle, lui, de cette poterie aux formes autant inhabituelles que surprenantes qui de la masse inerte apparaît, heureux hasard, lors de la cuisson de l'argile : elle est hors de toute série et retient l'attention.

 

Dans nos systèmes d'enseignement européens, primaire, secondaire et supérieur, on parle et on applique, chaque jour davantage, et depuis longtemps en outre dans certains pays, la méthode d'apprentissage par validation de champs de compétences. Néanmoins, sous nos climats, les professeurs, mes chers collègues, par cohortes entières, ne jurent, mordicus, que par la sacro-sainte notation sur vingt. L'université, ouf ! pas toute, qui devrait, selon moi, avoir le sens de l'universalité et de l'ouverture (d'esprit) a souvent ces temps-ci des airs confinés de collège.

 

- Tu as fait une faute !

 

- Une erreur, tout au plus...

 

John Burroughs et Henry Ford étaient, dit-on, amis. Mais qui était le véritable ami de l'autre ? Quand on sait un peu, pour l'un, son itinéraire de défenseur invétéré de la nature, chantre de Whitman et d'Emerson, et, pour l'autre, son avidité sans borne à bâtir puis à conforter un empire industriel vite tentaculaire, qui était, au fond, la dupe ?

 

L'allégorie de la caverne : à lire, un jour de tempête, à la bougie.

 

C'est décidé : je vais revisiter, avec mon art bien à moi de voir les choses nettement, le secteur de ma bibliothèque consacré à la philosophie de la connaissance, celui aussi de la neurobiologie et des sciences cognitives.

 

L'erreur, une certitude fausse ? A man's errors are his portals of discovery...

 

 

(John Burroughs, L'Art de voir les choses, pages choisies et traduites par Joël Cornuault, éditions Fédérop, 2009)

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Littérature
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