27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 06:00

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Gris acier. Gare silencieuse, immense hangar humain hagard. La France du très-bas.

 

Je vois la misère redoublée alentour et ça n'a pas l'air de gêner les gens. C'est donc qu'ils sont d'accord, ensemble, avec ce qui se passe sous leurs yeux, dans leurs oreilles, leurs trous de nez.

 

Et pourtant...

 

Invité sur les planches par une troupe provinciale de comédiens, j'assiste activement aux répétitions de La Tempête (The Tempest, 1611 - année ultime de la traduction autorisée de la Bible en terre anglaise), sans doute la comédie shakespearienne que j'aime relire parmi toutes. Vents fous, mer démontée, rochers grotesques, arbres bruissants, harmonie chaotique, chaos harmonieux, utopie atopique. Oui, plus que l'intrigue (même avec l'immense William, plus ça change, plus c'est, vu de Sirius, la même dramaturgie existentielle), j'écoute davantage les remous naturels.

 

Les comédiens mobiles dans le texte ne sont pas les cadets mais ceux qui ont la cinquantaine prononcée. Comme quoi. Expériences de la vie. Combats d'autrefois. Volonté vivace que ça change un peu. Caliban est vraiment un monstre infréquentable, Prospéro, un magicien à livre ouvert et Ariel, particulièrement aérien. Quant à Miranda à la voix détimbrée,  sa rousseur la sauve. Ces individus veulent bien faire à leur rythme, artisans d'un soir pour un maigre public qui sait de quoi il retourne.

 

Patatras : les corps ne tombent plus. Se montrent au contraire avec vigueur dans une langue de vérité. Pour une fois, les humains - comédiens glissés dans leurs personnages et l'inverse -, sortent des tréfonds.

 

Ils ont l'air de l'aimer, leur île. N'ont plus envie de la quitter. Mais c'est qu'ils vont semer le désordre, la pagaille, l'anarchie ! Ce n'est pas ce qu'a écrit l'auteur ! Voici ce qui a toutes les chances de se produire quand une œuvre de Shakespeare rencontre la réalité de la dure politique.

 

J'ai dû m'endormir un instant - it was merely a daydream, we are such stuff as dreams are made on, and our little life is rounded with a sleep, mes notes sont assez confuses. Où est le fil rouge ? Pas de doute, je viens d'écrire Shakespeare : le petit chat se meure (délicieuse allusion ambiguë...), mais surtout,  secouez-moi cette lance ! Exit les faux-semblants !

 

Fronde, révolte, refus : à l'évidence, ce sont des émeutiers. Pas de doute, c'est bien qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume, pardon, l'État.

 

C'est dit, l'heure de la tempête a sonné ! 

Published by carnets.atlantiques.over-blog.com - dans Littérature
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