10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 06:00

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Plus dégourdi que Péguy...

 

 


« Beargrass-Creek, l’un de ces délicieux cours d’eau qui arrosent les riches cultures du Kentucky, serpente sous les épais ombrages de superbes forêts de hêtres au milieu desquels sont dispersées diverses espèces de noyers, de chênes, d’ormes et de frênes qui le couvrent tout au long sur chacun de ses bords. C’est là, près de Louisville, que je fus témoin de la fête destinée à célébrer l’anniversaire de la glorieuse proclamation de notre indépendance. Au loin, dans l’ouest, les bois déployaient leur majestueux rideau de verdure, jusque vers les beaux rivages de l’Ohio ; tandis que, vers l’est et le sud, leurs cimes ondoyaient par-dessus les campagnes aux pentes légèrement inclinées. Sur chaque lieu découvert apparaissait une plantation, souriant dans la pleine abondance d’une moisson d’été, et le fermier semblait rester en extase devant la magnificence d’un tel spectacle. Les arbres de ses vergers inclinaient leurs branches, comme impatients de rendre à leur mère, la terre, les fruits dont ils étaient chargés ; nonchalamment étendus sur l’herbe, les troupeaux ruminaient à loisir, et la chaleur naturelle à la saison les invitait encore à s’abandonner plus complètement au repos.  


Libre et franc de cœur, hardi, droit, et s’enorgueillissant de ses aïeux virginiens, le Kentuckyen a fait ses préparatifs pour célébrer comme d’habitude l’anniversaire de l’indépendance de son pays. Ou est sûr qu’aux environs ils sont tous d’un même accord : qu’est-il besoin d’invitation personnelle, là où chacun est toujours bien reçu de son voisin ; là où, depuis le Gouverneur jusqu’au simple garçon de charrue, tout le monde se rencontre, l’allégresse dans l’âme et la joie sur le visage ?


C’était, en effet, un bien beau jour ! Le soleil étincelant montait dans le clair azur des cieux ; l’haleine caressante du zéphyr embaumait les alentours du parfum des fleurs ; les petits oiseaux modulaient leurs chants les plus doux sous l’ombrage, et des milliers d’insectes tourbillonnaient et dansaient dans les rayons du soleil ; fils et filles de la Colombie semblaient s’être réveillés plus jeunes ce matin-là. Depuis une semaine et plus, serviteurs et maîtres n’étaient occupés qu’à préparer une place convenable. On avait soigneusement coupé le taillis ; les basses branches des arbres avaient été élaguées, et l’on n’avait laissé que l’herbe, verdoyant et gai tapis pour le sylvestre pavillon. C’était à qui donnerait bœuf, jambon, venaison, poule d’Inde et autres volailles ; là se voyaient des bouteilles de toutes les boissons en usage dans la contrée ; la belle rivière avait mis à contribution le peuple écaillé de ses ondes ; melons de toutes sortes, pêches, raisins et poires eussent  suffi pour approvisionner un marché ; en un mot, le Kentucky, la terre de l’abondance, avait fait fête à ses enfants. »


 

Passé le 31 août, ils vont s'enfoncer dans les marnes :

 


« Vous n’avez plus connu la prodigalité
D’un monde qui savait se refaire à mesure.
Vous n’avez plus connu cette impudente usure
D’un monde ivre de sève et de vitalité.
 
Vous n’avez plus connu que de l’eau d’un canal.
Et le ménagement, et l’écluse, et le bief.
Et le gouvernement sous un si pauvre chef.
Et le lanternement sous un maigre fanal. »

 

 

Allez, New York, 57th Street...

Published by carnets-atlantiques.eu - dans Saisons
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