24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 06:00

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À l'autre bout du monde, la jungle au crépuscule, le livre sur les genoux :

 

 

            À une passagère.

 

« En fumée elle est donc chassée

L’éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma sœur d’un jour,
Ma sœur d’amour !…

Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore…
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !

On t’espère là… Va légère !
Qui te bercera, Passagère ?…
Ô passagère de mon cœur,
Ton remorqueur !…

Quel ménélas, sur son rivage,
Fait le pied ?… — Va, j’ai ton sillage…
J’ai, — quand il est là voir venir, —
Ton souvenir !


Il n’aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !…
Tes sourcils salés de poudrain
Pendant un grain !

Il ne t’aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !…
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui…

Ni ma poésie où : — Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu’elle rasa
Et cætera.

— Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi !… Rien n’est plus l’horizon
Qu’une cloison.

Qu’elle va me sembler étroite !
Tout seul, la boîte à deux !… la boîte
Où nous n’avions qu’un oreiller
Pour sommeiller.


Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli…
— Comme l’oubli ! —

Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.

 

10° long. O.

40° lat. N. »

 

 


Tristan, quel est ton voyage intérieur ?

 

 

(Tristan Corbière, Steam-boat in Les Amours jaunes, Librairie du XIXe siècle, Glady Frères, Éditeurs, Paris, 1873)

 

 

 


 

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