25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 06:00

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Vent rapace.

 

Cela faisait un bon bout de temps que je voulais retourner dans cette partie Nord du pays de Galles, revoir certains lieux où John Cowper Powys avait passé les dernières années d'une existence singulièrement intense des points de vue de la création intellectuelle et des voyages en qualité de conférencier itinérant.

 

J'ai bien fait de prendre le premier bus ce matin à la gare routière : six heures pour parcourir une centaine kilomètres ! C'est un trajet artisanal qui, lui, n'a pas changé dans le temps humain et qui me permet de relire, cover to cover (de la première à la dernière page), mon Guide To Wales publié chez l'éditeur Collins dans les années 1950.

 

Il y a soixante places dans le bus et nous sommes une petite troupe de neuf passagers éparpillés sur les sièges : des grands-parents aux visages rosés qui rendent une visite à leurs petits-enfants, un couple silencieux, un jeune loup à l'évidence dans les affaires (ordinateur portable, téléphone pour communication intersidérale, grosse montre bien masculine), deux lycéennes portant l'uniforme (quelle école ?), le chauffeur à large casquette (I am the Master...) et moi.

 

Nous quittons le comté de Powys pour entrer dans celui de Gwynedd. La route serpente au milieu des collines ondulées qui ont viré du vert au gris-bleuté. Avant chaque virage - on se croirait en Corse ou presque -, un panneau indicateur porte la mention Gyrrwch yn ddiogel  (Conduisez avec prudence). À droite, à gauche, les carrières de l'industrie ardoisière s'offrent à nous sur des kilomètres. Autrefois florissante, cette activité, vitale pour toute cette partie pauvre de la Grande-Bretagne, a été, au fil des fermetures et de l'évolution des techniques, transformée en musées. C'est le cas des Llechwedd Slate Caverns, situées dans l'univers minéral de Blaenau Ffestiniog (prononciation approchante : blénaï festiniok), aux portes du Snowdonia National Park, ma destination exclusive aujourd'hui et dernière halte terrestre pour l'auteur d'Apologie des sens.

 

À la descente du bus, sachant qu'il me faudra le reprendre dans une heure pour continuer vers le Nord, je ne traîne pas et me dirige vers le cottage habité par Powys entre 1955 et 1963.

 

Ailinon ! (Trois fois hélas ! en grec, une des expressions favorites de Powys).

 

Je n'étais revenu depuis vingt ans : l'endroit est à présent un ensemble de chambres d'hôtes quatre étoiles. Derrière une fenêtre qui ressemble davantage à une baie vitrée, un homme chauve m'observe avec méfiance. À l'entrée du cottage, une pancarte flambant neuve vante des prestations exceptionnelles, un cadre naturel préservé et l'abondance de pubs dans le bourg proposant une sélection de plats originaux. On ne vas pas s'ennuyer. Qu'aurait pensé John si, dans son rural cottage, il avait disposé d'une machine à laver, d'un lave-linge, de la télévision par satellite, de platines électroniques, de consoles de jeux, de bicyclettes, d'un garage privatif, de barbecues mobiles, d'un patio arboré et de trois salles de bains ?!

 

C'est presque toujours pareil. Il serait temps que je le sache. Ça m'apprendra, une fois de plus. Pourquoi les autorités locales n'ont-elles pas fait de cette maison un conservatoire pédagogique ? Je regarde le cottage pendant cinq minutes puis, taoïste, ce qui aurait sans doute plu à John, tourne les talons.

 

À bord du car qui me porte maintenant à Betws-y-Coed (bétus-eukoïd, littéralement, la chapelle dans les bois), je me réjouis de me replonger bientôt dans le Sens de la culture...

 

 

(John Cowper Powys, In Defense of Sensuality, Victor Gollancz Publisher, 1930, Apologie des sens, traduction de Diane de Margerie, Jean-Jacques Pauvert, 1975 / The Meaning of Culture, Jonathan Cape Publisher, 1929, Le Sens de la culture, traduction de Marie-Odile Fortier-Masek, L'Âge d'homme, 1981) 

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