12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 07:00

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Lichtenberg dit justement : il y a très peu de choses que nous pouvons goûter avec les cinq sens à la fois.

 

Matin de fournaise azurée. Sept heures et déjà trente degrés sur le patio qui surplombe l'anse aux eucalyptus. Des pétales de roses se courbent sur les dalles chaudes - petits bateaux blancs sur la terre sèche. Liao, dont le nom chinois signifie doux refuge, dort d'un sommeil d'ange sur le vaste lit en bois de cade.

 

Temps gratuit. Personne ne peut jeter le grappin sur nous. Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble !  De vivre, intensément, ici ! Jours tranquilles le temps de la dérobade. Nocturnes de satin pour une aubade.

 

À l'Ouest, vue sur la crique de la pièce aux murs de chaux blanche. Table polie par les ans et bibliothèque portative essentielle : Homère (Greek-English version), Hésiode, un Plutarque d'une époque intermédiaire, des poèmes de Georges Séféris et des essais de Nikos Kazantzákis dont la très belle Lettre au Greco (1961). Sur la page de garde de ses souvenirs - senteur de thym qui monte des feuilles -, tracée d'une élégante écriture au crayon par la main du maître des lieux, cette épitaphe « Je n'espère rien, je ne crains rien, je suis libre. »

 

De H à K. Kálos graphein de ces deux lettres. HK : Home Keys. Les clés du logis. Les clés du registre. On peut désormais jouer la partition.

 

Espadrilles, pantalon et chemise de lin clair. Je quitte notre pavillon des parfums réunis pour quelques heures. Flâné dans le marché de Symi au pied de la Kali Strata, sons, formes, senteurs uniques, puis sur le port, ses chantiers perpétuels en plein air, bavardé avec les épandeurs de goudron, les gamins aux cheveux hirsutes, les pêcheurs indolents, et retour à l'ombre des trompettes de Jéricho qui, formant de leurs touffes buissonnantes un velum naturel, épargnent aux fidèles du café central la brûlure du soleil. Kaliméra...Né...Efkaristo poli...

 

Cette île de la mer Égée a tout pour me plaire. On raconte qu'Euphrosyne, Aglaé et Thalie y ont vu le jour. Le charme, la beauté, l'intelligence créatrice. Mais aussi l'esprit de la danse, de la farandole, des bacchanales. Le plaisir. La joie. Décidément, pour qui sait vivre, la mythologie a du bon.

 

Vingt-cinq ans entre Liao et moi -on s'en fout. Entente cordiale. Ulysse l'habile marin voyage ce temps-ci en compagnie de Clarté lumineuse. Sofa oriental-occidental pour un brigand et une diva. Je, elle, nous deux, deux nous. Cela fait du monde, mais on s'en sort. On s'en sort toujours.

 

Dans Harold et Maud, le film d'Hal Ashby (1971, encore une belle année...), j'aime cette idée des boîtes à odeurs, les odeurs de tous les jours, celles qui risquent de disparaître, celles que l'on a oubliées, celles qui ne sont plus.

 

 

(...) II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


 

Vous vous souvenez, Baudelaire ? Correspondance des sensibilités et des sensations. Mais que sait-on au juste de Jeanne Duval ?

 

Amour en acte, tout est là : les cinq sens plus un. Cinq et la peau.

Published by carnets.atlantiques.over-blog.com - dans Saisons
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