31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 06:00

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Quel mortel, quel être doué de la faculté de sentir, ne préfère pas au jour fatigant la douce lumière de la nuit avec ses couleurs, ses rayons, ses vagues flottantes qui se répandent partout. Oh ! comme alors l’âme, avec ce qu’elle a de plus intime, respire cette lumière du monde gigantesque des astres ! La pierre aussi la respire, la pierre qui étincelle, et puis la plante qui ouvre ses pores, et puis l’animal sauvage; mais avant tout l’étranger avec ses regards ardens, sa démarche incertaine et ses lèvres tremblantes ! Car c’est elle qui, semblable à un roi de la nature terrestre, opère d’innombrables métamorphoses, noue et dénoue mainte alliance, et entoure de son image céleste les choses d’ici-bas, et c’est  sa présence qui nous révèle les merveilles de l’empire du monde.

 

(...)

 

Mais d’où vient donc que tout à coup je sente s’apaiser ma souffrance ? Te plais-tu aussi avec nous, nuit obscure ? Et que portes-tu sous ton manteau qui agisse si puissamment sur mon âme ? Un baume précieux découle de tes mains et de tes bouquets de pavots. Tu élèves les ailes de la pensée, et nous nous sentons vaguement émus. J’aperçois une figure grave qui se penche vers moi pleine de douceur et de recueillement, et qui, au milieu des baisers d’une mère, me montre ma belle jeunesse. Que la lumière du jour me semble pauvre maintenant, et comme j’en salue avec bonheur le départ ! Ainsi, mon Dieu, tu as jeté dans l’espace ces globes étincelants pour annoncer ta toute-puissance. Mais les pensées que la nuit éveille en nous, peuvent nous paraître d’une nature plus céleste encore que ces étoiles brillantes. Car elles s’élèvent au-delà des astres les plus élevés, et pénètrent, sans le secours de la lumière, jusqu’à l’être qui occupe un des lointains espaces de ces sphères. L’amour t’envoie à moi, oh, ma douce bien-aimée ! comme le soleil de la nuit, maintenant je veille, car je suis toi et moi. Tu as voulu que je vécusse dans la nuit, tu m’as rendu homme. Viens donc, esprit de feu, détruire mon corps, afin que je m’élance dans les airs auprès de toi, pour célébrer à jamais notre mot de fiançailles.  

 

 

(Novalis, Hymnes à la nuit, traduction Xavier Marmier, 1833)

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